Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 19:01

Ma très chère sœur,

 

Que le temps a passé depuis ma dernière lettre mais la vie à New York est tellement différente de celle que j’avais connue à Jackson ! Il y a toujours quelque chose à faire, à voir, la crise n’a pas le même impact ici que dans le Mississippi. Le monde est différent dans une grande ville, j’ai l’impression de n’avoir pas quitté un Etat, mais un pays !

Déjà, les affaires de Peter sont florissantes, le cabinet d’avocat qui l’emploie a énormément de clients issus de la bonne société. Il n’en parle guère, mais je sais que son travail le passionne et il rentre tard souvent.

Les femmes ont une vie agréable ici, et encore plus quand on est mariées ! Nous pouvons nous balader à volonté, aller au théâtre, voir tellement de choses sans devoir en référer à son père, ou demander l’accord du révérend. Ma petite sœur, je ne saurais que trop te conseiller de faire un bon mariage ! L’amour vient avec le temps, mais l’aisance ne s’invente pas et on ne peut faire de pari là-dessus de nos jours. Il y a quelques beaux partis au cabinet de Peter, ma chère Amy, je te prie, viens passer les fêtes de Noël avec nous, je me ferai une joie de te présenter au beau monde.

D’ailleurs, devine qui j’ai rencontré il y a quelques jours ? Le maire, James John Walker ! Imagine ma surprise de le croiser dans l’un des speakeasies qui se trouvent à presque chaque coin de rue. C’était la première fois que j’allais au 21 Club, c’est sur la 52ème rue, mais il parait que Jimmy (oui, il m’a prié de l’appeler ainsi) est un client régulier. Quel homme intéressant, avec tellement de charme ! Il nous a recommandé à Peter et à moi de faire très attention dans nos sorties, en effet, certains night-club servent un alcool très mauvais pour la santé.

Je sais, tu vas me dire que boire est mal et contre la loi, mais vues d’ici, les choses semblent vraiment différentes. Le révérend Blake nous l’a dit depuis des années, l’alcool rend l’homme le plus charmant en un démon de la pire espèce. J’ai assisté à la déchéance de certaines âmes plus faibles, mais entre gens de bonne compagnie, c’est vraiment différent. Ici, les plus grands notables s’y adonnent et pourtant, les fêtes restent mémorables et non pas immorales. Je ne me sens pas moins pieuse, je continue d’aller écouter les sermons. Quant à la police, il parait qu’elle fait quelques fois des descentes dans les bas quartiers mais dans les clubs que nous fréquentons, je ne croise que juges et hauts fonctionnaires !

Il vaut mieux que tu vois tout cela par toi-même, je serais incapable de te raconter une simple soirée dans une seule lettre. La musique, la danse, la fête et tout ce qu’une belle vie peut apporter ! Je ne saurais te rapporter fidèlement le délice de la vie New-Yorkaise.

Viens nous voir Amy et tu seras sous le charme d’une vraie ville. Embrasse Père et Mère de ma part, je leur écrirai très prochainement.

 

A très bientôt,

 

Affectueusement, ta sœur qui t’aime.

 

Gwenaëlle C., le 20/12/10

 

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Vendredi 26 novembre 2010 5 26 /11 /Nov /2010 09:44

La structure s’ébranla enfin et au milieu des craquements du bois, Ulysse n’entendit même pas le souffle qu’il avait retenu depuis de longues minutes sans s’en apercevoir et qu’il relâchait enfin. Les Troyens avaient tourné si longtemps autour du Cheval, s’étaient interrogés de façon presque violente de ce qu’ils devaient en faire et l’homme avait vraiment douté. Certains voulaient le faire bruler sur place, comme une revanche sur les Grecs qui les avaient tant fait souffrir. Ultime mépris face à la défaite qu’illustrait ce cadeau gigantesque. D’autres refusaient qu’on y touche, arguant que le Cheval était un présent pour les Dieux et qu’il devait rester à sa place, face à Troie, à l’endroit où les Grecs étaient restés si longtemps, faisant couler le sang des fils de la grande cité. Puis, de plus en plus de voix s’étaient élevées, tranchant avec les autres, réclamant que le Cheval soit amené au centre de la ville, pour que chacun puisse voir que la guerre était finit, que chacun puisse honorer les Dieux au travers ce présent hors du commun.

Et quand les hommes étaient revenus, le doute se lisait sur chacun des visages des compagnons d’Ulysse. Que feraient-ils si les Troyens décidaient de mettre le feu ? Les hommes étaient assis plus ou moins confortablement depuis des heures, sans bouger un muscle pour ne pas trahir leur présence, respirant lentement par leur bouche entre-ouverte pour ne pas faire de bruit. Ulysse ne savait pas si son corps accepterait de bouger d’un seul coup. Peut être que l’instinct serait assez fort pour les faire sortir du piège flamboyant, mais jamais assez pour leur permettre de s’enfuir et d’échapper à la colère de leurs ennemis. Mourir immolé ou tomber sans se défendre sous le fil des épées ? Aucune de ces deux morts ne lui semblaient convenir et il devrait trouver la force de lever son épée, ne serait-ce que pour quelques secondes, mais au moins son honneur serait sauf.

Il détailla ses compagnons un à un alors que le pénible voyage vers la cité commençait, remuant les corps, faisant craquer le bois. L’odeur était horrible, une nuit et une journée quasi complète enfermés à bien trop nombreux, au soleil, dans un espace aussi étroit, laissaient des traces. La fatigue, la tension, l’incertitude, nulle parole n’avaient besoin d’être échangée, ils se comprenaient tous, unis dans cette situation qui leur semblait si irréelle. Si improbable.

Mais il avait tout prévu, rien n’était laissé au hasard, l’esprit du roi d’Ithaque fonctionnait ainsi, même dans l’urgence. Il savait que son Cheval ne céderait pas, malgré les forces qu’il fallait pour le faire bouger. Glisser sur des rondins de bois n’endommagerai pas l’intégrité de la structure, il aurait parié son âme là-dessus. Pour ce qui était des soucis pratiques, il avait prévu des récipients et savait que l’odeur du bois pourri en des points stratégique masquerait leur présence. Ils avaient bu de l’eau, mais très peu, bougeant le moins possible, mais pas de nourriture, trop risqué, ils auraient pu faire du bruit, ou simplement, leurs mouvements auraient pu être deviné à travers les quelques interstices qu’ils n’avaient eu le temps de boucher lors de la fabrication accélérée. Une fois la nuit tombée, quand la ville serait enfin endormie, ils pourraient lentement se mettre à bouger et mener leur mission à bien.

Il y avait un espace entre deux planches à la hauteur de son œil, à peine plus large qu’un grain de blé, mais suffisamment pour qu’il puisse regarder l’extérieur. Il retint à nouveau sa respiration alors que son œuvre passait sous les portes de la cité imprenable. Des années qu’ils attendaient ça ! Tant de sang, tant de peine, tant de douleur et ils touchaient enfin au but ! Ils n’auraient plus qu’à appeler les compagnons qui les attendaient, cachés, à l’extérieur et la guerre serait enfin terminée. Il rentrerait enfin chez lui, d’ici quelques semaines, il serrerait dans ses bras sa femme et son fils. Oui, bientôt, tout serait fini….

 

Gwenaëlle C., le 26/11/10

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Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 12:27

Je fermais les yeux un bref instant et me concentrais. Il fallait que je fasse le vide en moi. J’inspirais et je soufflais à fond, très lentement. Une fois, deux fois, trois fois. Puis je relevais la tête et ouvrit les paupières. Le soleil me frappa sur le côté droit, ce qui ne me gênerai pas pour la suite. De face aurait été plus ennuyeux mais ce n’était pas le cas.

Je calais mon regard sur l’horizon, tout droit sur mon objectif. C’était un peu inutile, il n’avait pas changé de place, mais cela faisait parti du rituel. Je tournais la tête à droite puis à gauche, jaugeant rapidement mes adversaires que je connaissais depuis longtemps. Je savais chacun de leur point fort, chacune de leur faiblesse. Puis je refixais mon regard sur la ligne d’arrivée. Inutile de la voir, juste me tourner complètement vers elle. Mon corps, mon esprit.

Puis, le monde disparu autour de moi, les bruits de la foule devinrent sourds, il y eu comme des œillères qui apparurent sur mon visage. Plus que moi, la course et la victoire, rien d’autre ne comptait désormais.

La seule chose que j’entendais était les battements de mon cœur, lents et puissants, rythmés par ma respiration. Tout mon corps se préparait au départ.

Le temps ralentit et le coup de feu donnant le départ déchira le silence. Je m’élançais avant même d’en avoir conscience, laissant mon corps me guider dans les premiers instants, puis je repris le contrôle de mes muscles. Je fendais l’air, je sentais chaque fibre de mon corps se tendre à en craquer, mais sans jamais le faire, aller à la limite et en revenir, prêt à recommencer. Dès le second mouvement, je savais que j’avais gagné. Autant le départ avait été identique pour nous tous, autant la course s’était gagnée à ce moment là. C’était l’instant décisif et il était pour moi.

Je ne me permis pas de regarder autour de moi, c’était un piège de débutant, Il ne fallait jamais quitter des yeux l’objectif. Certains prétendent le contraire, que les lévriers courent plus vite après le lapin en peluche car il est en mouvement et non pas fixe. Mais moi je ne fonctionnais pas comme ça, mon corps se tendait et était comme aspiré par ce point qui grossissait à vue d’œil. Quand aux autres… Je savais précisément où chacun se trouvait, sans même faire l’effort de les chercher.

Puis elle fut là, la ligne d’arrivée, et je laissais à nouveau les commandes à mon corps. Mes lèvres s’étirèrent, mes bras s’ouvrirent et mes foulées ralentirent. Je fus submergé d’un seul coup par le monde extérieur, la lumière, le bruit, les cris, puis le contact des bras de mon entraineur, de mes proches. Leurs cris de joie, mes cris de joie. Je remplis mes poumons entièrement et redevins maitre de mon corps. Les souffrances, les sacrifices, la douleur, tout ça s’était envolé en cet instant. Rien ne comptait plus que ce gout sous ma langue, cette saveur incomparable qu’a la victoire. Ce bref moment où je me sentais l’égal d’un Dieu, l’instant où tout pouvais arriver car rien ne comptait plus que ce que je venais de faire, j’étais allé au bout de moi-même, j’avais réussis. J’avais gagné.

 

Gwenaëlle C., le 24/05/10

 

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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 22:31
Il se tourna dans le lit et péniblement entrouvrit un œil afin de voir l’heure qu’il était. Plus qu’une dizaine de minutes et le réveil déverserait une musique quelconque au milieu de la tranquillité de la chambre endormie. Il se tourna de nouveau, afin de lui faire face. Elle dormait tranquillement, allongée sur le ventre, une main devant son visage, l’autre glissée sous son ventre. Les secondes passants, il sentait le sommeil le quitter inexorablement, d’autant que son esprit s’était très rapidement réveillé alors qu’il la regardait.
Ils s’étaient disputé avant d’aller se coucher, pour une broutille, dont il avait tout oublié d’ailleurs. Ce dont il se souvenait, était qu’ils s’étaient couchés fâchés, chacun de son côté.  Il soupira, plissant les yeux afin de mieux deviner les traits de la jeune femme endormie. Il y avait un faible rai de lumière qui filtrait au travers des volets, apparemment, il allait faire beau.
Ils étaient ensemble depuis 5 ans. C’était leur anniversaire aujourd’hui. Voila, il se rappelait pourquoi ils s’étaient disputés, à cause de leur anniversaire. Elle lui avait reproché d’avoir oublié, d’avoir programmé pour ce week-end une sortie avec ses potes plutôt qu’un  petit séjour en amoureux, ou bien même un restaurant. Si elle savait. Il n’aurait pas du s’emporter, surtout que la dispute avait ensuite dérivé sur l’appartement et la fuite qu’il y avait sous l’évier puis sur sa manie d’appeler sa mère à chaque fois qu’elle avait un souci ou une question… Un sujet en appelant un autre, une broutille à la suivante, ils s’étaient fâchés. C’était stupide mais ces petites piques étaient suffisamment désagréables pour les faire bouder plusieurs jours. Il n’en avait pas envie, loin de là, mais il n’avait pas non plus envie de s’excuser, après tout, il n’y était pour rien. Bon, en toute mauvaise fois, il pouvais se permettre de dire qu’elle était responsable, mais au fond, c’était tellement de mauvais arguments, qu’il savait qu’ils n’étaient pas plus innocents que responsables,  l’un comme l’autre.
Elle remua légèrement et il sortie doucement sa main de sous les draps afin de lui effleurer les cheveux d’une petite caresse. La pire des têtes de mules qu’il pouvait connaître. Et pourtant, il ne pouvait pas se passer d’elle. C’était physique. Quand bien même elle pouvait l’exaspérer, quand ils étaient séparés plus de 24 heures, il ressentait un manque, au creux de son ventre. Non pas qu’elle lui apporte quelque chose, non, c’était lui, il se sentait juste bien quand elle était là. Ce n’était pas très clair dans sa tête, mais c’était comme si quelque chose de naturel dans sa vie manquait quand il ne la voyait pas pendant trop longtemps.
Elle gémit doucement et remua encore, il avait continué à caresser sa chevelure sans même s’en rendre compte et cela l’avait réveillé. Il lui souffla
- Salut… Bien dormi ?
Un petit grognement lui répondit puis elle changea de position, se tourna sur le dos et marmonna.
- Pas assez et toi ?
- Tout pareil mon cœur…
- Quelle heure ?
- Presque l’heure.

Nouveau soupir et elle se pelotonna contre son torse, lui déposant un petit bisous contre sa peau nue et se cala pour lui faire un gâté. Son bras était venu l’enlacer et elle caressait doucement son dos. Ses lèvres avaient fait naître tout un tas de frisson le long de sa peau et machinalement il resserra ses bras autour d’elle.
D’un coup, il la repoussa et la regarda dans les yeux
- Je reviens !
- Quoi ? Attend, on se lève dans deux minutes…

Elle râlait, encore endormi, ne comprenant pas vraiment pourquoi il avait bondi d’un seul coup hors du lit et partait en direction de la salle de bain. Quand il revint, il avait laissé la lumière du couloir allumée et la porte de la chambre ouverte laissait passer suffisamment de lumière pour qu’il la distingue clairement.
- Lève toi s’il te plait.
Grognements
- Allez, debout, s’il te plait !
- T’es pénible ce matin ! Je veux encore un gâté moi !
- Debout !

S’avouant vaincu, et après un coup d’œil au réveil qui lui confirma que dans moins de deux minutes il allait s’enclencher, elle se tourna, commença à se redresser et se figea d’un seul coup. Il s’était agenouillé à ses pieds et lui tendait une petite boite sombre. Un écrin qu’il ouvrit lentement.
- Ma chérie… J’ai beaucoup réfléchi et…
Il fit une pause, lui laissant ainsi le temps de se redresser et de poser ses pieds sur le sol. Il se dit que ce n’était peut être pas plus mal qu’elle soit assise, car elle semblait être vraiment déboussolée d‘un seul coup.
- Je n’arrive pas à imaginer ma vie sans toi. Je ne veux pas imaginer ma vie avec une autre que toi. Est-ce que tu voudrais vieillir avec moi ?
Il avait tout dit d’une traite, c’était sorti d’un seul coup, plus naturellement qu’il ne l’avait imaginé. Mais c’était dit. Et il attendait sa réponse. Elle resta interdite, puis sa bouche se tordit légèrement. Elle le fixa longuement, glissa hors du lit et s’avança vers lui. Elle posa ses mains sur les siennes et se pencha pour l’embrasser. Dans un sourire, elle lui répondit simplement :
- Mais oui, je le veut…

Gwenaëlle C., le 15/02/10
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 23:05

Pierre-Sébastien promenait son regard bleu délavé sur la petite troupe qui l’entourait. Il souriait en coin, jaugeant sans pitié ceux qu’il ne prendrait pas la peine de nommer « adversaires ». Il y avait un peu de tout et d’age varié mais aucun d’entre eux ne représentait de vraie menace. S’il avait eu un semblant d’inquiétude ce matin en se levant, quand il s’était mit à son tour dans la file d’attente, tout s’était envolé.

La première sélection avait été d’une facilité déconcertante. Certes, il y avait eu des drames, des crises autour de lui. Jeunesse insouciante qui se croit talentueuse uniquement parce qu’elle sait chanter en rythme au karaoké du coin.

« Amateurs… » Pensa t-il en levant les yeux au ciel alors que la fille juste avant lui entrait enfin dans le box de sélection finale. Il avait presque atteint son but. Cette émission de téléréalité, comme les médias les nommaient, était une première dans son genre. Un jury de trois professionnels parcourait le pays à la recherche du « Talent de demain ». Ce serait l’émission phare d’une chaîne privée, la plus grosse audience du câble ces 3 dernières années. Un tremplin idéal pour lui. Il lui restait juste une épreuve, mais cela ne l’inquiétait pas. Apres le passage devant le jury, il irai avec une poignée d’autres candidats dans la capitale pour une ultime sélection et ensuite, à lui la gloire. Bien sur, ils seraient une dizaine à aller à l’épreuve de la capitale, avant d’être l’un des finalistes de l’émission, qui passerait en direct chaque semaine. Une fois qu’il serait sur les feux de la rampe, la magie opérerait une nouvelle fois et le public l’élirait, comme une évident le « Talent de demain ». Après tout s’enchaînera…

Perdu au milieu de ses pensées, déjà en train de réfléchir à la pertinence de se lancer dans un show au delà des frontières de son pays la première année, il fut enfin appelé. Il prit sa guitare sous le bras, répondit d’un vague signe de la main aux encouragements du jeune garçon qui se trouvait à côté de lui et entra dans la salle.

Il s’avança d’un pas conquerrant vers le centre de la pièce. Il s’arrêta dans le rond qui était dessiné au sol, sans même qu’on lui prie de le faire. Il était professionnel, il comprenait parfaitement le fonctionnement de la télé et des caméras. D’ailleurs, avant même de saluer le jury qui se trouvait en face de lui, il tourna légèrement sui lui-même, sourire en coin, tête légèrement penchée, dans l’une de ses postures les plus séduisantes. Et oui, il fallait bien faire de l’œil à la télé, car la première impression était aussi la plus importante ici.

Quelques secondes plus tard, il dirigea son regard vers les trois personnes qui lui faisaient face. Deux hommes et une femme. Il les connaissait de réputation, un patron de maison de disque, un auteur compositeur de renom et une chanteuse, qui, malgré son jeune age avait déjà une belle carrière derrière elle. Tout le monde n’a pas la chance d’être la fille d’un musicien mondialement connu ! Cela ouvrait des portes et la jeune femme surfait sur les chartes depuis une bonne dizaine d’années. Elle avait été célèbre et millionnaire avant d’être majeure d’ailleurs.

-Bonjour, soyez le bienvenue… Installez vous… Lui lança le producteur

Pierre-Sébastien lui sourit et se balança un instant sur ses pieds, histoire de signifier qu’il avait entendu. Ce fut la jeune femme qui reprit ensuite

-Bonjour, qu’allez vous nous interpréter ?

La production leur avait demandé de préparer une chanson en Français et une en Anglais. Il savait qu’il ne passerait que sur une seule et que la seconde ne servirait qu’à écarter un doute. Cela ne lui posait pas de problème, il avait eu le temps d’y réfléchir et avait trouvé la solution idéale pour exposer au mieux la mesure de son talent.

-En fait… Il sourit à la chanteuse puis laissa son regard glisser en directeur du compositeur. J’ai décidé de vous interpréter un medley, afin de vous permettre de voir, que dis-je, d’entendre mes possibilités, de découvrir mes talents !

Il avait terminé sa phrase avec un léger bruit de gorge, petit rire discret mais qui savait faire son effet.

-Nous ne vous avons pas demandé votre nom, veuillez nous excuser…, remarqua le compositeur, visiblement assez fatigué. Pierre-Sébastien arrivait à point nommé, il imaginait sans mal le calvaire de ces trois professionnels à longueur de journée. Il allait leur permettre de se reposer et de découvrir un véritable artiste au milieu de ces amateurs pathétiques.

-Ce n’est rien, ne vous en faites pas, répondit il d’une voix suave. Je m’appelle Pierre-Sébastien, mais vous pouvez m’appeler « PS », comme ces petits mots à la fin d’une lettre qui lui donne toute son importance…

Il cala son regard le plus enjôleur sur la chanteuse et accentua son sourire. Il n’était pas branché grande brune maigre, mais s’il fallait en passer par là, il n’était pas contre un peu de séduction. Et puis elle n’était pas si désagréable à regarder, ce ne serait pas non plus une corvée !

Il attrapa sa guitare et sans attendre qu’on lui fasse signe, laissa glisser ses doigts sur les cordes. Il se mit à chanter de sa voix grave et mélodieuse. Il n’y avait aucun trac, aucun tremblement. Il chantait depuis des années et avait même son petit succès. Mais à l’aube de ses 35 ans, il sentait qu’il devait se prendre en main et enfin accomplir son destin et devenir une vedette. Il était assez connu chez lui et rêvait de passer à l’étape au dessus. Il savait que c’était ce pourquoi il était fait.

Il changea de rythme et de langue et se mit à dodeliner de la tête, sur une musique pop entraînante. Il regarda quelques secondes le jury puis fixa l’une des caméras. Il avait hâte de se voir à la télé, s’il était au moins la moitié télégénique qu’il était photogénique, c’était la baraqua assurée !

Nouveau changement et il rejeta ses cheveux brun en arrière. Il les avait un peu long, juste au dessous des oreilles et savait que cela lui donnait l’allure d’un chanteur romantique. Le public féminin appréciait ce genre d’aspect. Il reporta son attention sur le jury qui s’était comme figé sur place. Combien de temps l’avaient ils attendu ? Et le voila ! « PS » était à l’aube d’une nouvelle vie, la sienne mais aussi la leur. Ce serait une aventure formidable.

La dernière partie de la chanson débuta et il cala son regard sur la chanteuse. Il finissait par une chanson romantique et allait séduire la jeune femme. Combien de groupie avait-il basculé grâce à ces quelques accords ? Il ne comptait plus et la brune ne serait pas différente des autres.

Il gratta une dernière fois les cordes et laissa le silence s’installer. Il se redressa, un sourire conquérant sur les lèvres et goûta les secondes qu’il fallait au jury pour reprendre ses esprits. Ils se concertèrent d’un regard et le premier moment de gloire de Pierre-Sébastien arriva. Enfin, le premier de cette aventure !

-Et bien… Commença le compositeur, On voit sans difficulté que vous avez de l’expérience. Toutefois, je ne suis pas certain que vous ayez votre place ici…

-Je sais que participer à ce genre d’émission est assez atypique dans un parcours d’artiste, mais j’ai estimé que ce serait une bonne chose pour moi et cela me permet de mettre mon talent à votre profit ! Le coupa Pierre-Sébastien

Le producteur se racla la gorge, et lança un regard plein de sous entendu à son collègue

-Du talent, en effet, vous en avez… Mais justement, je ne pense pas que cette émission soit l’idéal pour vous.

Pierre-Sébastien fut agacé, évidemment que ce n’était pas l’idéal pour lui, il méritait mieux, mais de nos jours, la gloire rapide avait prit des voies différentes et cette émission était l’une d’elles. La chanteuse se pencha et réclama la parole d’un regard auprès de son collègue. Elle allait sans nul doute lui proposer quelque chose de mieux. Elle pouvait le faire signer chez son label après tout. Ce qui serait bien plus agréable et à son niveau que de participer à ce battage bas de gamme tout bien réfléchi.

-Ce que mon collègue essaie de vous dire, c’est qu’effectivement, vous avez une voix, du talent et sans doute une petite « carrière » derrière vous. Mais cela ne nous convient pas du tout. Vous êtes à « Le talent de demain », pas à « Je suis un talent, regardez moi ».

Silence. Pierre-Sébastien était sous le choc, peut être avait il mal comprit. Pour qui se prenait cette péronelle ? Le producteur reprit la parole, sans doute pour rattraper le coup, parce que là, Pierre-Sébastien était presque vexé.

-J’ai le même ressentie. Vous avez passé plus de temps à regarder les caméras que nous. Vous êtes ici avant tout pour nous prouver votre potentiel, pas pour vous admirer.

Le sol s’ouvrit sous les pieds de Pierre-Sébastien, il n’en croyait pas ses oreilles. Il tourna son regard écarquillé vers l’auteur, le seul vrai artiste du groupe, qui allait sans doute recadrer ses compagnons, uniquement concentré sur leurs personnes

-Vos chansons, votre façon de vous tenir et de vous promener comme si le monde vous appartenait, cela marche peut être dans votre province, face à des amateurs, mais pas avec des professionnels. Ce n’est qu’un conseil, mais je crains qu’un excès d’estime ou de confiance, soit finalement préjudiciable pour vous. C’est donc un non. Vous ne correspondez pas à ce que nous recherchons. Au revoir.

Pierre-Sébastien secoua la tête, abasourdit parce qu’il venait d’entendre et même une fois dehors, il ne parvint pas à réaliser ce qu’il venait d’entendre. Quelques minutes plus tard, il était déjà convaincue qu’ils avaient eu peur de son talent et de ne pas pouvoir le cadrer, le modeler pour leur émission et c’était pour cela qu’ils l’avaient évincé.

« Amateur… » Pensa t il en rentrant chez lui, pas plus abattu que cela par ce qui aurait du être une humiliation majeure.

 

Gwenaëlle C., le 08/12/09

 

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