Il était 26 fois...

Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 12:27

Je fermais les yeux un bref instant et me concentrais. Il fallait que je fasse le vide en moi. J’inspirais et je soufflais à fond, très lentement. Une fois, deux fois, trois fois. Puis je relevais la tête et ouvrit les paupières. Le soleil me frappa sur le côté droit, ce qui ne me gênerai pas pour la suite. De face aurait été plus ennuyeux mais ce n’était pas le cas.

Je calais mon regard sur l’horizon, tout droit sur mon objectif. C’était un peu inutile, il n’avait pas changé de place, mais cela faisait parti du rituel. Je tournais la tête à droite puis à gauche, jaugeant rapidement mes adversaires que je connaissais depuis longtemps. Je savais chacun de leur point fort, chacune de leur faiblesse. Puis je refixais mon regard sur la ligne d’arrivée. Inutile de la voir, juste me tourner complètement vers elle. Mon corps, mon esprit.

Puis, le monde disparu autour de moi, les bruits de la foule devinrent sourds, il y eu comme des œillères qui apparurent sur mon visage. Plus que moi, la course et la victoire, rien d’autre ne comptait désormais.

La seule chose que j’entendais était les battements de mon cœur, lents et puissants, rythmés par ma respiration. Tout mon corps se préparait au départ.

Le temps ralentit et le coup de feu donnant le départ déchira le silence. Je m’élançais avant même d’en avoir conscience, laissant mon corps me guider dans les premiers instants, puis je repris le contrôle de mes muscles. Je fendais l’air, je sentais chaque fibre de mon corps se tendre à en craquer, mais sans jamais le faire, aller à la limite et en revenir, prêt à recommencer. Dès le second mouvement, je savais que j’avais gagné. Autant le départ avait été identique pour nous tous, autant la course s’était gagnée à ce moment là. C’était l’instant décisif et il était pour moi.

Je ne me permis pas de regarder autour de moi, c’était un piège de débutant, Il ne fallait jamais quitter des yeux l’objectif. Certains prétendent le contraire, que les lévriers courent plus vite après le lapin en peluche car il est en mouvement et non pas fixe. Mais moi je ne fonctionnais pas comme ça, mon corps se tendait et était comme aspiré par ce point qui grossissait à vue d’œil. Quand aux autres… Je savais précisément où chacun se trouvait, sans même faire l’effort de les chercher.

Puis elle fut là, la ligne d’arrivée, et je laissais à nouveau les commandes à mon corps. Mes lèvres s’étirèrent, mes bras s’ouvrirent et mes foulées ralentirent. Je fus submergé d’un seul coup par le monde extérieur, la lumière, le bruit, les cris, puis le contact des bras de mon entraineur, de mes proches. Leurs cris de joie, mes cris de joie. Je remplis mes poumons entièrement et redevins maitre de mon corps. Les souffrances, les sacrifices, la douleur, tout ça s’était envolé en cet instant. Rien ne comptait plus que ce gout sous ma langue, cette saveur incomparable qu’a la victoire. Ce bref moment où je me sentais l’égal d’un Dieu, l’instant où tout pouvais arriver car rien ne comptait plus que ce que je venais de faire, j’étais allé au bout de moi-même, j’avais réussis. J’avais gagné.

 

Gwenaëlle C., le 24/05/10

 

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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 22:31
Il se tourna dans le lit et péniblement entrouvrit un œil afin de voir l’heure qu’il était. Plus qu’une dizaine de minutes et le réveil déverserait une musique quelconque au milieu de la tranquillité de la chambre endormie. Il se tourna de nouveau, afin de lui faire face. Elle dormait tranquillement, allongée sur le ventre, une main devant son visage, l’autre glissée sous son ventre. Les secondes passants, il sentait le sommeil le quitter inexorablement, d’autant que son esprit s’était très rapidement réveillé alors qu’il la regardait.
Ils s’étaient disputé avant d’aller se coucher, pour une broutille, dont il avait tout oublié d’ailleurs. Ce dont il se souvenait, était qu’ils s’étaient couchés fâchés, chacun de son côté.  Il soupira, plissant les yeux afin de mieux deviner les traits de la jeune femme endormie. Il y avait un faible rai de lumière qui filtrait au travers des volets, apparemment, il allait faire beau.
Ils étaient ensemble depuis 5 ans. C’était leur anniversaire aujourd’hui. Voila, il se rappelait pourquoi ils s’étaient disputés, à cause de leur anniversaire. Elle lui avait reproché d’avoir oublié, d’avoir programmé pour ce week-end une sortie avec ses potes plutôt qu’un  petit séjour en amoureux, ou bien même un restaurant. Si elle savait. Il n’aurait pas du s’emporter, surtout que la dispute avait ensuite dérivé sur l’appartement et la fuite qu’il y avait sous l’évier puis sur sa manie d’appeler sa mère à chaque fois qu’elle avait un souci ou une question… Un sujet en appelant un autre, une broutille à la suivante, ils s’étaient fâchés. C’était stupide mais ces petites piques étaient suffisamment désagréables pour les faire bouder plusieurs jours. Il n’en avait pas envie, loin de là, mais il n’avait pas non plus envie de s’excuser, après tout, il n’y était pour rien. Bon, en toute mauvaise fois, il pouvais se permettre de dire qu’elle était responsable, mais au fond, c’était tellement de mauvais arguments, qu’il savait qu’ils n’étaient pas plus innocents que responsables,  l’un comme l’autre.
Elle remua légèrement et il sortie doucement sa main de sous les draps afin de lui effleurer les cheveux d’une petite caresse. La pire des têtes de mules qu’il pouvait connaître. Et pourtant, il ne pouvait pas se passer d’elle. C’était physique. Quand bien même elle pouvait l’exaspérer, quand ils étaient séparés plus de 24 heures, il ressentait un manque, au creux de son ventre. Non pas qu’elle lui apporte quelque chose, non, c’était lui, il se sentait juste bien quand elle était là. Ce n’était pas très clair dans sa tête, mais c’était comme si quelque chose de naturel dans sa vie manquait quand il ne la voyait pas pendant trop longtemps.
Elle gémit doucement et remua encore, il avait continué à caresser sa chevelure sans même s’en rendre compte et cela l’avait réveillé. Il lui souffla
- Salut… Bien dormi ?
Un petit grognement lui répondit puis elle changea de position, se tourna sur le dos et marmonna.
- Pas assez et toi ?
- Tout pareil mon cœur…
- Quelle heure ?
- Presque l’heure.

Nouveau soupir et elle se pelotonna contre son torse, lui déposant un petit bisous contre sa peau nue et se cala pour lui faire un gâté. Son bras était venu l’enlacer et elle caressait doucement son dos. Ses lèvres avaient fait naître tout un tas de frisson le long de sa peau et machinalement il resserra ses bras autour d’elle.
D’un coup, il la repoussa et la regarda dans les yeux
- Je reviens !
- Quoi ? Attend, on se lève dans deux minutes…

Elle râlait, encore endormi, ne comprenant pas vraiment pourquoi il avait bondi d’un seul coup hors du lit et partait en direction de la salle de bain. Quand il revint, il avait laissé la lumière du couloir allumée et la porte de la chambre ouverte laissait passer suffisamment de lumière pour qu’il la distingue clairement.
- Lève toi s’il te plait.
Grognements
- Allez, debout, s’il te plait !
- T’es pénible ce matin ! Je veux encore un gâté moi !
- Debout !

S’avouant vaincu, et après un coup d’œil au réveil qui lui confirma que dans moins de deux minutes il allait s’enclencher, elle se tourna, commença à se redresser et se figea d’un seul coup. Il s’était agenouillé à ses pieds et lui tendait une petite boite sombre. Un écrin qu’il ouvrit lentement.
- Ma chérie… J’ai beaucoup réfléchi et…
Il fit une pause, lui laissant ainsi le temps de se redresser et de poser ses pieds sur le sol. Il se dit que ce n’était peut être pas plus mal qu’elle soit assise, car elle semblait être vraiment déboussolée d‘un seul coup.
- Je n’arrive pas à imaginer ma vie sans toi. Je ne veux pas imaginer ma vie avec une autre que toi. Est-ce que tu voudrais vieillir avec moi ?
Il avait tout dit d’une traite, c’était sorti d’un seul coup, plus naturellement qu’il ne l’avait imaginé. Mais c’était dit. Et il attendait sa réponse. Elle resta interdite, puis sa bouche se tordit légèrement. Elle le fixa longuement, glissa hors du lit et s’avança vers lui. Elle posa ses mains sur les siennes et se pencha pour l’embrasser. Dans un sourire, elle lui répondit simplement :
- Mais oui, je le veut…

Gwenaëlle C., le 15/02/10
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 23:05

Pierre-Sébastien promenait son regard bleu délavé sur la petite troupe qui l’entourait. Il souriait en coin, jaugeant sans pitié ceux qu’il ne prendrait pas la peine de nommer « adversaires ». Il y avait un peu de tout et d’age varié mais aucun d’entre eux ne représentait de vraie menace. S’il avait eu un semblant d’inquiétude ce matin en se levant, quand il s’était mit à son tour dans la file d’attente, tout s’était envolé.

La première sélection avait été d’une facilité déconcertante. Certes, il y avait eu des drames, des crises autour de lui. Jeunesse insouciante qui se croit talentueuse uniquement parce qu’elle sait chanter en rythme au karaoké du coin.

« Amateurs… » Pensa t-il en levant les yeux au ciel alors que la fille juste avant lui entrait enfin dans le box de sélection finale. Il avait presque atteint son but. Cette émission de téléréalité, comme les médias les nommaient, était une première dans son genre. Un jury de trois professionnels parcourait le pays à la recherche du « Talent de demain ». Ce serait l’émission phare d’une chaîne privée, la plus grosse audience du câble ces 3 dernières années. Un tremplin idéal pour lui. Il lui restait juste une épreuve, mais cela ne l’inquiétait pas. Apres le passage devant le jury, il irai avec une poignée d’autres candidats dans la capitale pour une ultime sélection et ensuite, à lui la gloire. Bien sur, ils seraient une dizaine à aller à l’épreuve de la capitale, avant d’être l’un des finalistes de l’émission, qui passerait en direct chaque semaine. Une fois qu’il serait sur les feux de la rampe, la magie opérerait une nouvelle fois et le public l’élirait, comme une évident le « Talent de demain ». Après tout s’enchaînera…

Perdu au milieu de ses pensées, déjà en train de réfléchir à la pertinence de se lancer dans un show au delà des frontières de son pays la première année, il fut enfin appelé. Il prit sa guitare sous le bras, répondit d’un vague signe de la main aux encouragements du jeune garçon qui se trouvait à côté de lui et entra dans la salle.

Il s’avança d’un pas conquerrant vers le centre de la pièce. Il s’arrêta dans le rond qui était dessiné au sol, sans même qu’on lui prie de le faire. Il était professionnel, il comprenait parfaitement le fonctionnement de la télé et des caméras. D’ailleurs, avant même de saluer le jury qui se trouvait en face de lui, il tourna légèrement sui lui-même, sourire en coin, tête légèrement penchée, dans l’une de ses postures les plus séduisantes. Et oui, il fallait bien faire de l’œil à la télé, car la première impression était aussi la plus importante ici.

Quelques secondes plus tard, il dirigea son regard vers les trois personnes qui lui faisaient face. Deux hommes et une femme. Il les connaissait de réputation, un patron de maison de disque, un auteur compositeur de renom et une chanteuse, qui, malgré son jeune age avait déjà une belle carrière derrière elle. Tout le monde n’a pas la chance d’être la fille d’un musicien mondialement connu ! Cela ouvrait des portes et la jeune femme surfait sur les chartes depuis une bonne dizaine d’années. Elle avait été célèbre et millionnaire avant d’être majeure d’ailleurs.

-Bonjour, soyez le bienvenue… Installez vous… Lui lança le producteur

Pierre-Sébastien lui sourit et se balança un instant sur ses pieds, histoire de signifier qu’il avait entendu. Ce fut la jeune femme qui reprit ensuite

-Bonjour, qu’allez vous nous interpréter ?

La production leur avait demandé de préparer une chanson en Français et une en Anglais. Il savait qu’il ne passerait que sur une seule et que la seconde ne servirait qu’à écarter un doute. Cela ne lui posait pas de problème, il avait eu le temps d’y réfléchir et avait trouvé la solution idéale pour exposer au mieux la mesure de son talent.

-En fait… Il sourit à la chanteuse puis laissa son regard glisser en directeur du compositeur. J’ai décidé de vous interpréter un medley, afin de vous permettre de voir, que dis-je, d’entendre mes possibilités, de découvrir mes talents !

Il avait terminé sa phrase avec un léger bruit de gorge, petit rire discret mais qui savait faire son effet.

-Nous ne vous avons pas demandé votre nom, veuillez nous excuser…, remarqua le compositeur, visiblement assez fatigué. Pierre-Sébastien arrivait à point nommé, il imaginait sans mal le calvaire de ces trois professionnels à longueur de journée. Il allait leur permettre de se reposer et de découvrir un véritable artiste au milieu de ces amateurs pathétiques.

-Ce n’est rien, ne vous en faites pas, répondit il d’une voix suave. Je m’appelle Pierre-Sébastien, mais vous pouvez m’appeler « PS », comme ces petits mots à la fin d’une lettre qui lui donne toute son importance…

Il cala son regard le plus enjôleur sur la chanteuse et accentua son sourire. Il n’était pas branché grande brune maigre, mais s’il fallait en passer par là, il n’était pas contre un peu de séduction. Et puis elle n’était pas si désagréable à regarder, ce ne serait pas non plus une corvée !

Il attrapa sa guitare et sans attendre qu’on lui fasse signe, laissa glisser ses doigts sur les cordes. Il se mit à chanter de sa voix grave et mélodieuse. Il n’y avait aucun trac, aucun tremblement. Il chantait depuis des années et avait même son petit succès. Mais à l’aube de ses 35 ans, il sentait qu’il devait se prendre en main et enfin accomplir son destin et devenir une vedette. Il était assez connu chez lui et rêvait de passer à l’étape au dessus. Il savait que c’était ce pourquoi il était fait.

Il changea de rythme et de langue et se mit à dodeliner de la tête, sur une musique pop entraînante. Il regarda quelques secondes le jury puis fixa l’une des caméras. Il avait hâte de se voir à la télé, s’il était au moins la moitié télégénique qu’il était photogénique, c’était la baraqua assurée !

Nouveau changement et il rejeta ses cheveux brun en arrière. Il les avait un peu long, juste au dessous des oreilles et savait que cela lui donnait l’allure d’un chanteur romantique. Le public féminin appréciait ce genre d’aspect. Il reporta son attention sur le jury qui s’était comme figé sur place. Combien de temps l’avaient ils attendu ? Et le voila ! « PS » était à l’aube d’une nouvelle vie, la sienne mais aussi la leur. Ce serait une aventure formidable.

La dernière partie de la chanson débuta et il cala son regard sur la chanteuse. Il finissait par une chanson romantique et allait séduire la jeune femme. Combien de groupie avait-il basculé grâce à ces quelques accords ? Il ne comptait plus et la brune ne serait pas différente des autres.

Il gratta une dernière fois les cordes et laissa le silence s’installer. Il se redressa, un sourire conquérant sur les lèvres et goûta les secondes qu’il fallait au jury pour reprendre ses esprits. Ils se concertèrent d’un regard et le premier moment de gloire de Pierre-Sébastien arriva. Enfin, le premier de cette aventure !

-Et bien… Commença le compositeur, On voit sans difficulté que vous avez de l’expérience. Toutefois, je ne suis pas certain que vous ayez votre place ici…

-Je sais que participer à ce genre d’émission est assez atypique dans un parcours d’artiste, mais j’ai estimé que ce serait une bonne chose pour moi et cela me permet de mettre mon talent à votre profit ! Le coupa Pierre-Sébastien

Le producteur se racla la gorge, et lança un regard plein de sous entendu à son collègue

-Du talent, en effet, vous en avez… Mais justement, je ne pense pas que cette émission soit l’idéal pour vous.

Pierre-Sébastien fut agacé, évidemment que ce n’était pas l’idéal pour lui, il méritait mieux, mais de nos jours, la gloire rapide avait prit des voies différentes et cette émission était l’une d’elles. La chanteuse se pencha et réclama la parole d’un regard auprès de son collègue. Elle allait sans nul doute lui proposer quelque chose de mieux. Elle pouvait le faire signer chez son label après tout. Ce qui serait bien plus agréable et à son niveau que de participer à ce battage bas de gamme tout bien réfléchi.

-Ce que mon collègue essaie de vous dire, c’est qu’effectivement, vous avez une voix, du talent et sans doute une petite « carrière » derrière vous. Mais cela ne nous convient pas du tout. Vous êtes à « Le talent de demain », pas à « Je suis un talent, regardez moi ».

Silence. Pierre-Sébastien était sous le choc, peut être avait il mal comprit. Pour qui se prenait cette péronelle ? Le producteur reprit la parole, sans doute pour rattraper le coup, parce que là, Pierre-Sébastien était presque vexé.

-J’ai le même ressentie. Vous avez passé plus de temps à regarder les caméras que nous. Vous êtes ici avant tout pour nous prouver votre potentiel, pas pour vous admirer.

Le sol s’ouvrit sous les pieds de Pierre-Sébastien, il n’en croyait pas ses oreilles. Il tourna son regard écarquillé vers l’auteur, le seul vrai artiste du groupe, qui allait sans doute recadrer ses compagnons, uniquement concentré sur leurs personnes

-Vos chansons, votre façon de vous tenir et de vous promener comme si le monde vous appartenait, cela marche peut être dans votre province, face à des amateurs, mais pas avec des professionnels. Ce n’est qu’un conseil, mais je crains qu’un excès d’estime ou de confiance, soit finalement préjudiciable pour vous. C’est donc un non. Vous ne correspondez pas à ce que nous recherchons. Au revoir.

Pierre-Sébastien secoua la tête, abasourdit parce qu’il venait d’entendre et même une fois dehors, il ne parvint pas à réaliser ce qu’il venait d’entendre. Quelques minutes plus tard, il était déjà convaincue qu’ils avaient eu peur de son talent et de ne pas pouvoir le cadrer, le modeler pour leur émission et c’était pour cela qu’ils l’avaient évincé.

« Amateur… » Pensa t il en rentrant chez lui, pas plus abattu que cela par ce qui aurait du être une humiliation majeure.

 

Gwenaëlle C., le 08/12/09

 

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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 19:20

C’était une belle nuit de novembre, comme elle les aimait. Le ciel était dégagé, on pouvait voir une multitude d’étoiles et d’ici une semaine environ, la lune serait pleine. Elle illuminait déjà le sol devant elle. Surprenant comme la lumière naturelle de la nuit était oubliée quand chaque nuit celles de la ville venaient la masquer.

Il faisait un petit peu froid, mais pas trop. Juste le piquant nécessaire qui fait apprécier la chaleur d’un bon manteau mais qui n’arrive pas à le traverser. Tout comme on n’apprécie jamais autant un bon feu de cheminée que quand on est à la montagne et qu’il neige dehors.

Elle avait marché un petit moment et était légèrement essoufflée quand elle s’arrêta pour regarder le paysage qui s’offrait à elle. A ses pieds serpentait la route principale de sa ville, puis, après, les premiers quartiers résidentiels, aux rue si larges, ensuite le centre ville et l’ancienne place forte qui dominait tous les environs et enfin, plus loin, les quartiers populaires, aux lumières qui semblaient vaciller, à cause de la distance sans doute. Au delà, de ce qu’elle ne voyait pas, mais qu’elle retrouvait par la pensée, la plaine, puis le fleuve et la naissance de la chaîne de montagne, aux sommets blancs presque toute l’année.

Elle laissa son esprit errer, sans que les bruits parasites des voitures qui n’étaient qu’à une centaine de mètres, ne viennent la perturber. Décembre arriverait vite, avec lui un froid plus mordant, de la neige peut être et enfin Noël. Elle aimait Noël et regrettait un peu de ne pouvoir être là cette année, mais ce n’était pas vraiment important. Elle repensa à un autre Noël, celui d’il y avait deux ans, qu’elle avait passé à l’hôpital. Cela avait été le pire Noël de sa vie, et pourtant le meilleur quelque part, celui de l’espoir. Malgré la douleur.

Ses parents, sa sœur et Luc, ils avaient passé leur Réveillon avec elle, créature amaigrit et presque moribonde, sur son lit, branchée de toute part. Mais cela n’avait pas semblé les troubler plus que ça. Elle avait eu le droit à un chapeau de carton, à une jolie guirlande dorée en guise de collier et un petit bout de bûche de Noël, seule nourriture que son estomac avait acceptée ce soir là. Mais ce fut une belle soirée, parce qu’ils s’étaient tous retrouvés, qu’ils avaient fait comme si tout allait bien, comme si les choses n’avaient pas changé et elle avait apprécié. Quelques mois plus tard, elle était finalement sortie et était guérite. Le Noël suivant avait été tout autre, à la maison familiale, avec toute le monde, mais chaque fois qu’elle se sentait un peu triste, c’était au précèdent qu’elle pensait. Parfois, elle se disait que c’était ce qui lui avait permit de se remettre, la puissance de l’esprit sur le corps dit-on. Beau cadeau en tout cas que sa guérison de la maladie qui la rongeait à l’époque.

Le vent se leva un peu et elle plongea les mains dans ses poches par réflexe. Ses doigts caressèrent le papier des trois enveloppes qui s’y trouvaient. Trois lettres, pour trois destinataires. Ses parents, Luc et sa petite sœur. Elle avait pensé que ce serait celle de son fiancé qui serait la plus dure à écrire, mais ce ne fut pas le cas. Rien de ce qu’elle n’avait pensé n’avait eut lieu finalement.

Déjà, Luc… Elle avait cru pouvoir le voir, lui faire une crise, lui raconter qu’elle ne l’aimait plus, qu’elle l’avait trompé, pour que ce soit plus facile après, mais quand elle était arrivée chez lui, il avait eu l’air si fatigué de sa journée, si las, qu’elle avait sentit ses résolutions fondre. Elle s’était occupée de lui, lui avait fait à manger et ils avaient passé la soirée dans les bras l’un de l’autre, à parler de tout et de rien et à écouter le silence. Ce n’était peut être pas plus mal ainsi, que de le quitter avec un bon souvenir.

Puis sa sœur. Comment lui faire comprendre qu’il ne fallait jamais baisser les bras ? Qu’elle devrait toujours se battre pour avoir le meilleur pour elle, que tout était possible quand on le voulait vraiment ? Qu’elle ne fuyait pas, qu’au contraire, elle avait prit sa décision de façon réfléchie et que ce n’était pas par facilité, justement, qu’elle faisait face, qu’elle se dressait droite sur la route de son destin, prête à le diriger ? Elle avait essayé avec des mots simples de dire ce qu’elle ressentait et ce qu’elle attendait de l’avenir pour elle, pour eux. Et elle espérait qu’eux comprendraient.

Son cœur était en paix, la décision s’était imposée à elle il y avait une semaine, après une visite chez le médecin qui la suivait. La maladie était revenue, plus maligne, plus grave. Cela signifiait à nouveau les traitements, la douleur, les épreuves pour elle, pour ses proches. Elle avait vécu un calvaire il y avait à peine quelques mois et refusait d’être à nouveau la victime de son corps, de sa souffrance.

C’était sa vie, c’était son choix. Et ce n’était pas un coup de tête. Elle reprenait son existence en main, elle l’affrontait. Bien sur, les gens penseraient sûrement le contraire, mais elle s’en fichait, elle était en accord avec son cœur, son âme. Bien plus paisible quelle ne l’avait jamais été. Elle regarda en contrebas, juste avant que le dessin de la route n’éclaire le bord de la falaise. Il y avait une bande de terre d’une trentaine de mètres, des rochers surtout. Elle avait toujours aimé venir à cet endroit, elle le trouvait paisible et fort heureusement, elle n’avait jamais souffert du vertige, donc elle avait pu se dresser ici même pendant des heures, à quelques centimètres du bord et apprécier la vue sans crainte. Le lieu idéal pour elle.

Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration. Elle les rouvrit, sourit, écarta les bras dans un geste légèrement magistral qui lui tira un léger sourire et sauta. La chute fut brève. Ce qui suivit également. D’abord le choc sourd de l’impact au sol, elle entendit ses os craquer, son crâne cogner par terre. Une douleur fulgurante la parcouru, comme un choc électrique, qui ne dura que le temps d’une pensée. Puis le noir, le glissement tranquille vers ce noir chaud et réconfortant, et puis…

 

Gwenaëlle C., le 15/11/09

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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 17:05

Il avança d’un pas lent et régulier dans la grande salle circulaire. Son manteau sur les épaules, la capuche masquait son visage. Même s’il n’avait pas été dans la pénombre dûe aux quelques bougies disséminées dans la salle, personne n’aurait pu deviner ses traits et par la même, son identité. Il prit position, sous l’une des arcades qui dominaient la partie inférieure de la salle. Celle-ci comportait 16 autres arcanes de ce genre, plus une aux proportions doublées, ce qui permettait d’avoir une vue parfaite sur le contrebas. La salle devait faire dans les 15 mètres de diamètre, pour une trentaine de haut, divisée en deux étages. Les murs étaient en pierre blanche, des torches étaient accrochées aux murs à distance régulière et le sol était recouvert de marbre gris. L’aspect solennel était d’autant plus mis en avant qu’il faisait légèrement froid entre ces murs. Un lieu qui ne semblait pas avoir changé depuis 158 ans, date à laquelle elle avait été creusée dans ce sous-sol, secret des secrets…

Il releva légèrement la tête et contempla les 15 autres personnes qui l’entouraient et qui étaient vêtues comme lui. Il ne voyait pas leurs visages, mais savait exactement qui était qui. Il ne manquait que le Maître de cérémonie, qui apparaîtrait dans l’arcade principale. Mais d’abord, les futurs initiés…

Ils arrivèrent quelques instants plus tard, 17 jeunes hommes, tous habillés de la même façon : pantalon à pince noir, une ceinture et une chemise blanche. Ils avancèrent, un peu craintifs, le visage relevé, murmurant faiblement en découvrant cette salle qui pouvait être tellement impressionnante la première fois… Et quelques unes des suivantes aussi ! Il n’y eu plus bientôt de bruit, hormis le crépitement des flammes et le claquement de leurs semelles sur le sol. Comme les autres avant eux, ils s’immobilisèrent et continuellement à regarder en haut, ces ombres noires qui les dominaient sans mot dire. Ils attendaient en tournant sur eux même, sachant ce qui allait se passer mais sans vraiment se l’imaginer, se rendre compte.

Son fils aîné était parmi eux et aujourd’hui était sans doute le jour le plus important de sa vie d’homme. Il allait être initié, il allait devenir membre de l’une des fraternités les plus puissantes du pays. Et cela allait changer sa vie, comme cela avait changé la sienne, bien des années auparavant.

Il se rappelait ce jour là comme s’il avait eu lieu la veille et se perdait dans le tourbillon de ce qui avait suivit. Les études avaient été faciles à terminer. Même sans être le premier de la classe, il avait eut toute l’aide nécessaire pour donner le meilleur de lui-même, sans avoir à se soucier de quoi que ce soit. Les voitures offertes, l’argent qui coulait à flot, les filles qui ne demandaient qu’à se pendrent au cou de l’un deux, cela n’avait été qu’un début. Après l’Université, avec l’appui de ses « frères », les plus grandes entreprises lui avaient ouvertes leurs portes et il avait rapidement grimpé les échelons. Il avait choisi d’œuvrer dans les hautes sphères du commerce international et il était aujourd’hui à la tête du conseil d’administration de la troisième entreprise du pays. Bien sur, tout ce la n’était pas gratuit, il y avait un accord, on est frère dans l’adversité également et lui aussi avait su donner des coups de pouces quand il l’avait fallut, prendre des risques, sans chercher à se protéger. La fraternité avant tout. On lui avait demandé dernièrement de se lancer en politique et même si ce domaine ne l’intéressait pas, il avait fait son entrée dans ce monde, fort discrètement pour le moment, il y avait quinze jours.

Son fils aurait le choix de vie le plus prometteur qu’il pouvait être donné d’offrir à son enfant : politique, commerce, média, finance… Ils étaient de partout et chaque années, les 17 diplômés qui sortaient de l‘Université reprenaient le flambeau de leurs aînés en s’infiltrant dans chaque cercle d’influence du monde.

Le Maître de cérémonie fit son entrée et le peu de bruit qu’il y avait encore dans la salle disparu aussitôt. De longues secondes s’écoulèrent avant qu’il ne commence son discours. Il ne l’écouta que d’une oreille, il l’avait entendu des dizaines de fois, soit en étant à sa place actuelle, soit caché derrière les murs, avec les autres. Les mots étaient solennels, les formules très directives. Il leur énonçait leur engagement à venir. L’aube d’une nouvelle vie où leur nouvelle famille devrait désormais être leur priorité. On ne posait pas de question, on aidait ses frères, quoi qu’il en coûte, quoi qu’il s’agisse. En échange, la puissance, l’honneur…

Il fixait du regard son fils, presque son portrait craché, si ce n’était les cheveux foncés qu’il avait hérités de sa mère. Une bouffée d’orgueil l’envahit, sa relève était là, son fils sortirait de cette salle en homme. Un homme que rien n’arrêterait et qui irait, qui sait, peut être à la Présidence !

 

Gwenaëlle C., le 08/11/09

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