Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 12:27

Je fermais les yeux un bref instant et me concentrais. Il fallait que je fasse le vide en moi. J’inspirais et je soufflais à fond, très lentement. Une fois, deux fois, trois fois. Puis je relevais la tête et ouvrit les paupières. Le soleil me frappa sur le côté droit, ce qui ne me gênerai pas pour la suite. De face aurait été plus ennuyeux mais ce n’était pas le cas.

Je calais mon regard sur l’horizon, tout droit sur mon objectif. C’était un peu inutile, il n’avait pas changé de place, mais cela faisait parti du rituel. Je tournais la tête à droite puis à gauche, jaugeant rapidement mes adversaires que je connaissais depuis longtemps. Je savais chacun de leur point fort, chacune de leur faiblesse. Puis je refixais mon regard sur la ligne d’arrivée. Inutile de la voir, juste me tourner complètement vers elle. Mon corps, mon esprit.

Puis, le monde disparu autour de moi, les bruits de la foule devinrent sourds, il y eu comme des œillères qui apparurent sur mon visage. Plus que moi, la course et la victoire, rien d’autre ne comptait désormais.

La seule chose que j’entendais était les battements de mon cœur, lents et puissants, rythmés par ma respiration. Tout mon corps se préparait au départ.

Le temps ralentit et le coup de feu donnant le départ déchira le silence. Je m’élançais avant même d’en avoir conscience, laissant mon corps me guider dans les premiers instants, puis je repris le contrôle de mes muscles. Je fendais l’air, je sentais chaque fibre de mon corps se tendre à en craquer, mais sans jamais le faire, aller à la limite et en revenir, prêt à recommencer. Dès le second mouvement, je savais que j’avais gagné. Autant le départ avait été identique pour nous tous, autant la course s’était gagnée à ce moment là. C’était l’instant décisif et il était pour moi.

Je ne me permis pas de regarder autour de moi, c’était un piège de débutant, Il ne fallait jamais quitter des yeux l’objectif. Certains prétendent le contraire, que les lévriers courent plus vite après le lapin en peluche car il est en mouvement et non pas fixe. Mais moi je ne fonctionnais pas comme ça, mon corps se tendait et était comme aspiré par ce point qui grossissait à vue d’œil. Quand aux autres… Je savais précisément où chacun se trouvait, sans même faire l’effort de les chercher.

Puis elle fut là, la ligne d’arrivée, et je laissais à nouveau les commandes à mon corps. Mes lèvres s’étirèrent, mes bras s’ouvrirent et mes foulées ralentirent. Je fus submergé d’un seul coup par le monde extérieur, la lumière, le bruit, les cris, puis le contact des bras de mon entraineur, de mes proches. Leurs cris de joie, mes cris de joie. Je remplis mes poumons entièrement et redevins maitre de mon corps. Les souffrances, les sacrifices, la douleur, tout ça s’était envolé en cet instant. Rien ne comptait plus que ce gout sous ma langue, cette saveur incomparable qu’a la victoire. Ce bref moment où je me sentais l’égal d’un Dieu, l’instant où tout pouvais arriver car rien ne comptait plus que ce que je venais de faire, j’étais allé au bout de moi-même, j’avais réussis. J’avais gagné.

 

Gwenaëlle C., le 24/05/10

 

Par Gwenaëlle - Publié dans : Il était 26 fois... - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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