Plus que quelques mètres et elle serait en sécurité. Elle courait comme elle pouvait, prenant appui sur sa cheville foulée malgré la douleur. Dans son dos, elle entendait le fracas de la bataille. Ses amis repoussaient l’ennemi, les empêchant de l’atteindre elle. La bataille de Zrac’Oh resterait dans les mémoires comme la pire tuerie de toute l’histoire d’Irature, mais également la plus héroïque. Celle où de valeureux guerriers avaient réussit à percer un passage entre les lignes ennemies, malgré des combats à quatre contre un. Ce passage allait lui permettre d’accomplir sa destinée et sauver les peuples d’Irature des forces maléfiques qui s’étaient emparées de ses terres et qui la menaient à sa destruction.
Le couloir sombre s’étirait devant elle, elle se sentait si oppressée, entendant son souffle irrégulier résonner contre les murs de pierres. Il faisait sombre et le plafond semblait si bas, à
seulement une vingtaine de centimètres au dessus de sa tête. Elle aurait pu toucher les murs si elle avait tendu les bras. La stèle sacrée n’était plus qu’à quelques mètres, baignant le couloir
dans une faible lueur bleutée. Elle ne ralentit pas lorsqu’elle passa son seuil, frissonnant alors que, pendant un instant, la température augmenta, pour reprendre ensuite son niveau initial. Son
but se trouvait plus loin, derrière cette porte de pierre ouverte, d’où aucune lumière ne sortait. Elle ne ralentit pas, malgré la douleur et malgré la peur qui serrait son ventre. Elle se jeta
dans le gouffre obscur, sans y réfléchir, sachant qu’elle n’avait peut être plus de temps pour effectuer sa tache.
Une fois la porte franchie, elle se trouva dans un tout autre endroit. C’était une grande pièce, où le plafond se perdait des mètres au dessus de sa tête. La salle était vaste, peut être une
vingtaine de mètres de long. Des torches étaient disposées à intervalles réguliers et différents jeux de miroirs diffusaient la lumière pour que la pièce soit uniformément éclairée. Des
sculptures ornaient les murs, représentant l’histoire des différents peuples d’Irature. Elle reconnut, parmi ces dessins, certaines légendes qui avaient bercées son enfance. Elle se tenait
immobile comme paralysée et ce fut lorsqu’elle suffoqua qu’elle prit conscience d’avoir retenu son souffle depuis son arrivée. Elle se remit à respirer, d’abord furieusement, puis plus calmement.
Elle avait une mission et portait sur son corps et ses mains le sang de ses amis qui s’étaient sacrifiés pour lui permettre d’arriver là. Elle n’avait pas le droit d’échouer ou de faillir. Elle
fit quelques pas en direction du centre de la pièce. Celui-ci était masqué à sa vue par un gigantesque pilier, dont elle n’aurait pas pu faire la moitié du tour avec ses bras. Elle pouvait en
voir un autre de chaque côté, plus loin et devina qu’il y en avait quatre en tout. De cet endroit, provenait différentes lumières, aux couleurs variées. C’était, sans nul doute possible, sa
destination.
Elle avança prudemment, curieuse, mais également emplie d’une respectueuse crainte. Si les légendes disaient vraies, elles devraient trouver les quatre gardiens. Grace à eux, elle pourrait
rétablir l’équilibre et chasser le mal de leur monde. Elle se décala sur la droite et au bout d’une dizaine de pas, l’éclat des lumières se dissipa, lui permettant de voir ce qui trônait au
milieu de la pièce. Les quatre gardiens étaient là. Ils flottaient, assis en tailleur, à environ un mètre du sol. Elle n’avait aucun moyen de le vérifier, mais elle était certaine que chacun se
trouvait du côté d’un point cardinal.
Le premier des gardiens sacrés qu’elle osa observer était, sans doute aucun, Dariah, gardienne des portes du Nord, maitresse de l’eau et des océans. Sa longue chevelure noire semblait flotter
autour d’elle. Ses cheveux étaient tellement brillants que Rinah pouvait y apercevoir de magnifiques reflets d’un bleu profond. Ses yeux était clos, sa peau était presque translucide et aussi
lisse que si elle avait été une statue. Elle avait ses mains levées devant elle, comme si elle avait voulu calmer une dispute. Elle portait une tunique bleu clair et de fines sandales en cuir.
Elle semblait irradier d’une lumière bleutée, comme si sa peau diffusait cette lueur.
A sa droite, se trouvait un homme, ses cheveux blancs touchaient presque le sol et ondulaient doucement, comme sous l’effet d’une brise d’été. Il avait pourtant le visage d’un jeune homme, à
peine sorti de l’adolescence. Les yeux clos, le gardien des portes de l’Est et le maitre des airs, avait un petit sourire au coin des lèvres. Il tenait sa main droite sur sa main gauche, elles
étaient ouvertes, à quelques centimètres de son cœur. Son aura était blanche, d’une couleur aussi immaculée que la première neige. Prelyis semblait d’une pureté sans pareil, tel un ange tombé du
ciel, enveloppé dans une tunique blanche, également, qui bougeait au même rythme que ses cheveux.
Elle se décala sur le côté et observa le gardien qui se trouvait à gauche. Il s’agissait d’Eaven, gardien des portes du Sud, maitre du feu. Il avait les pommettes hautes et des lèvres généreuses.
Ses cheveux étaient bien plus courts que ceux des autres gardiens. Ils auraient dû lui arriver au niveau du menton, mais actuellement, ils étaient dressés au dessus de sa tête et leur couleur ne
cessait de changer. On aurait dit que ses cheveux étaient faits d’un feu vivant, d’un rouge intense aux racines et d’une couleur d’or aux pointes. Elle cligna des yeux, elle les avait vu changer
de couleur, comme des flammes dans l’âtre. Ses paumes étaient simplement posées sur ses genoux. Son vêtement était auburn, il semblait être fait de cuir, mais il lui aurait fallut le toucher pour
s’en assurer et elle n’osa pas. Sa lumière rouge donnait une fausse impression de chaleur.
Le dernier gardien était une femme, Nerrasa, gardien des portes de l’Ouest, maitresse de la terre et de la vie. Ses cheveux brun tombaient en cascade sur ses épaules, jusqu’à sa taille. C’était
une femme magnifique, avec des yeux en amande et une peau à la couleur légèrement ambrée. Sa tunique était constituée de voiles verts, retenus pas une broche montée d’une émeraude grosse comme un
point. Ses mains étaient également posées sur ses genoux, mais avec les paumes ouvertes vers le ciel. Son aura verte sembla envelopper de douceur la jeune fille.
Elle ne savait quoi faire. On lui avait dit que son destin était de rétablir l’équilibre, de remettre à sa place l’éther, l’élément essentiel toute vie. Mais elle ignorait ce que cela
signifiait, comme tout le monde. Il y avait une grande stèle au centre du cercle et elle se sentit comme attirée. Pourtant, ses jambes refusèrent de bouger. La peur la paralysait. Elle regarda à
nouveau chacun des gardiens, guettant un indice, un signe. Il vint de Nerrassa. Imperceptiblement, ses paupières s’étaient ouvertes et elle fixait Rinah, qui n’osait respirer, la bouche
entre-ouverte. Elle l’entendit dans sa tête, car aucun mot de franchi les lèvres de l’être lui faisant face.
« Rinah, il est temps d’accomplir ton destin et de prendre ta place dans notre cercle »
- Que dois-je faire ? La voix de la jeune fille se répercuta contre les murs, troublant un silence séculaire.
« Tu l’ignores donc ? Tu es la quintessence, tu es la gardienne de l’éther, ce qui rempli le monde entre les éléments. »
Rinah ouvrit la bouche mais ne prononça aucun mot, attendant que la voix dans son esprit continue, car elle ne comprenait pas.
« Comme nous, tu as été choisi. Je sens en toi ta peur, ta peine et tes doutes, mais tu ne dois pas lutter et accepter. Tes amis se sont sacrifiés pour que tu puisses reprendre ta place parmi
nous et sauver ton monde. »
Le silence se fit à nouveau dans sa tête et Rinah comprit qu’elle n’aurait pas davantage de réponse à ses interrogations. Ne pas lutter et accepter. Se sacrifier ? En quoi était-ce différent du
sacrifice de ses amis, après tout ? Peut être était-ce parce que ce n’était pas dans le feu de l’action. Cela en était d’autant plus difficile. Elle se tourna et jeta un dernier regard en
direction de la porte qu’elle avait franchit quelques instant auparavant. Elle fit ses adieux au monde et se retourna. Les quatre gardiens avaient ouverts les yeux et la regardaient avec
bienveillance. Son destin… Elle avait l’intime conviction qu’une fois dans le cercle, toutes ses questions trouveraient une réponse. Elle était la quintessence, mais que cela signifiait-il ? Elle
savait qu’elle pouvait tout donner pour sauver ses amis, sa famille, son monde qu’elle aimait tant. Avec un peu d’appréhension, elle avança et prit place au centre de la stèle. Et d’un coup, tout
changea…
Gwenaëlle C., le 01/02/2012
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