Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 10:54

La chambre était calme, le silence de la nuit n’était troublé que par les bips réguliers du moniteur qui se trouvait à ses côtés. Il y avait quelques bruits étouffés qui lui parvenaient depuis le couloir, mais son ouïe n’était plus suffisamment alerte pour qu’il puisse les identifier clairement. L’infirmière était repartie quelques minutes plus tôt, elle avait fait les vérifications d’usage, elle lui avait parlé à voix basse, elle lui avait sourit. Il lui semblait lui avoir rendu, mais il n’était plus très sûr. Par moment, ses pensées lui échappaient et il était incapable de se rappeler ce qui s’était passé quelques instant plus tôt. Pourtant, il se souvenait parfaitement de nombreux événements. Le genou écorché de Lucas quand il été monté sur son premier vélo sans les roulettes, le sourire de Marina quand elle avait annoncé ses fiançailles, les éclats de rire de Sophie… Ses lèvres s’étiraient lentement à cette pensée. Sophie…

 

Il inspira longuement et se délecta des légers effluves de parfum que l’infirmière avait laissé dans sa chambre. C’était une odeur lourde et sucrée, un parfum qui collait à la langue, la délicieuse et délicate odeur de la vanille. Les yeux fermés, il vit défiler des centaines de souvenirs, chacun plus précieux que l’autre. Sophie avait emménagé dans la maison d’à côté, l’année de leurs quatre ans, ses parents avaient déménagé depuis des iles lointaines en métropole. Il se rappelait cette petite fille, avec ses joues rondes, sa peau couleur chocolat au lait, ses deux couettes perchées haut sur sa tête. Elle était intimidée, elle n’osait pas se mêler aux autres enfants de l’école, qui avaient la peau si claire par rapport à la sienne. Paul, lui, était fasciné par cette nouvelle voisine. Il s’était avancé doucement vers elle et lui avait tendu son camion de pompier, son jouet préféré. La petite fille l’avait longuement regardé, puis elle avait enfin tendu sa main et commencé à jouer avec lui. Ils étaient devenus les meilleurs amis du monde, jouant principalement ensemble, un peu à l’écart des autres enfants. Paul la trouvait gentille, elle savait conduire les petites voitures, elle jouait avec les jeux de garçon sans jamais se plaindre. Alors parfois, lui aussi, pour lui faire plaisir, il jouait à la poupée, mais uniquement quand ils étaient chez elle. Il trouvait qu’elle sentait bon, c’était la même odeur que les gâteaux que sa mamie lui faisait. Il avait demandé à sa maman une fois si Sophie était du gâteau, elle avait éclaté de rire et Paul avait été perplexe pendant très longtemps.

 

Ils avaient grandit ensemble et la première fois qu’ils s’étaient séparés, c’était lors de leurs études supérieurs. Paul était parti à plus de deux cent kilomètres, il avait découvert une nouvelle vie, il avait connu ses premières femmes, mais, inconsciemment, c’était l’odeur sucrée de Sophie qu’il cherchait sur leurs peaux. Ils s’étaient revus après trois ans de séparation. Diplôme en poche, Paul avait l’intention de s’installer dans sa région natale. Au hasard d’une soirée, ils s’étaient retrouvés. Ils avaient parlé jusqu’au matin, sans voir le temps passer, comme si leur séparation n’avait jamais eu lieu. Elle avait un fiancé et le cœur de Paul s’était serré de jalousie. Elle était la plus belle femme qui lui avait été donné de voir. Sa peau était désormais couleur caramel, elle avait coupé ses cheveux noirs au niveau de son cou, elle sentait toujours aussi bon. Il la voulait, mais il voulait avant tout son bonheur. Alors il était redevenu son ami d’enfance, son soutient indéfectible, son confident. Sans jamais faire quoi que ce soit contre son couple, il avait laissé le temps faire son œuvre. Sophie lui avait avoué au bout de quelques mois ses doutes, qu’elle n’était pas heureuse avec l’autre, lui qui avait tendance à la rabaisser, à être sans cesse jaloux de tout et de rien. Elle l’avait enfin quitté et deux mois plus tard, Paul s’était jeté à l’eau. Leur relation aurait pu leur paraître bizarre, mais il n’en était rien, c’était la chose la plus naturelle au monde. Ils s’étaient mariés l’année suivante et avait eu leur premier enfant deux ans plus tard. Leur fille était arrivée après trois ans et ils avaient tous coulé des jours heureux. Ils avaient eu la parfaite vie normale des gens ordinaires, échelonnée de moments heureux, d’instants simples et des petites difficultés de la vie. L’amour de Paul pour Sophie n’avait jamais faibli, il s’enivrait toujours autant de l’odeur de sa peau et pour rien au monde il ne lui aurait offert un autre parfum.

 

Ils avaient vieilli ensemble. Une larme coula le long de la joue du vieil homme. Sa Sophie était partie depuis si longtemps ! Une mauvaise grippe, alors qu’elle n’avait que 63 ans. Il l’avait pleuré pendant des mois, appelant la mort de tous ses vœux, pour rejoindre celle autour de qui son monde tournait. Mais ses enfants et ses petits-enfants lui avaient redonné le goût de la vie. Il retrouvait les expressions de sa femme, ses traits sur leurs visages. Il était redevenu le papi Paul qu’ils connaissaient et il avait continué son chemin sans elle.

 

Sa mémoire l’abandonnait, parfois, il avait du mal à remettre les événements des vingt dernières années dans le bon ordre, mais jamais, jamais il n’oubliait le regard rieur de sa femme. Et parfois, une simple odeur, teintée de vanille, lui faisait revivre les plus beaux instants de sa vie. Il avait comprit que son voyage s’arrêterait bientôt, mais il n’avait pas peur et les docteurs lui permettaient de ne pas avoir mal. Sophie…. Bientôt il la retrouverait, il pourrait revoir la timide petite fille qui choisissait toujours la petite voiture de police, l’adolescente qui hésitait sur la couleur de ses élastiques à cheveux pour terminer ses tresses, la femme au regard de soie, qui savait le rendre fou d’un simple mouvement de hanche. Sa femme, celle qui l’avait aimé et qu’il avait aimé tout sa vie, sa poupée de vanille, sa douce compagne, sa meilleure amie.

 

Gwenaëlle C, le 24/04/2012

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Jeudi 22 mars 2012 4 22 /03 /Mars /2012 09:03

Elle poussa un soupir et tourna la tête afin d’apercevoir l’heure affichée sur le réveil. 5h54. Il leur restait encore deux heures à dormir et elle n’arrivait pas à trouver l’apaisement du sommeil. Elle se tourna sur sa droite, se redressa sur le coude et posa sa tête au creux de sa main. Son compagnon dormait profondément. Ses sourcils étaient froncés, créant des vagues sombres sur son front vert. Elle tendit la main et lui caressa la joue. Elle ne put s’empêcher de sourire quand elle vit son front se détendre, sous l’effet de sa cajolerie.

 

Leurs vies à tous allaient changer dans quelques heures. Le traité d’unification des mondes libres serait enfin définitivement ratifié par la totalité des 823 mondes et systèmes. Il manquait encore deux signatures, celle du monde des Humains, son monde et celle du monde des Stefanniens, le sien. Il s’agissait des deux plus grandes nations de l’univers connu et le protocole exigeait que ce soient les derniers à valider les traités de paix. Ils avaient tous travaillé d’arrache-pied pour parvenir à un accord de coopération, d’entraide et de tolérance entre les peuples. Demain, l’univers ne serait plus le même.

 

Les politiques, et il y avait encore quelques mois elle-même, voyaient surtout dans ce traité une façon d’unifier les mondes, d’éviter de nouveaux conflits et surtout de nouveaux désastres comme celui d’Hypérion II, et de permettre un commerce plus harmonieux et équitable. Mais sa rencontre avec le Stefannien lui avait offert un nouveau regard sur ce traité. Rien ne les destinait à se rencontrer, elle faisait partie de l’équipe diplomatique de sa délégation, lui était le Second Intendant de la sienne. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent coincés dans un transporteur automatique durant la Grande Panne des Aérotechs. Ils étaient restés plus de 5 heures enfermés dans un compartiment de transport de quelques mètres carrés. Au début, ils n’avaient échangé que des banalités. Elle fréquentait des Stefanniens depuis des années et elle avait appris à connaître les mœurs de ses hommes verts. Ils étaient réservés et n’échangeaient que lorsqu’ils se sentaient en confiance. La peau des humains avait des nuances passant du crème au noir profond, celle des Stefanniens arborait des couleurs d’un vert pastel au plus sombre des verts émeraude. Celle de l’inconnu lui faisait penser à la couleur des premières pousses lorsque le printemps revenait, légèrement jaune et nacré. Ce n’était pas une nuance courante chez les Stefanniens qu’elle connaissait. Mais elle découvrit rapidement qu’il n’était pas non plus un Stefannien comme les autres. Il avait un caractère emporté, il était très fier, un peu présomptueux et borné par moment. Ce qui le différenciait surtout c’est qu’il affichait facilement son humeur, contrairement aux représentants de son peuple, qui étaient connus dans l’univers pour être des personnes d’un stoïcisme exemplaires. Si elle avait fait abstraction de sa couleur de peau et de son accent, elle aurait pu croire qu’elle était avec un Humain.

 

Ils avaient parlé à bâtons-rompus, de leurs fonctions réciproques, de leurs vies. Elle lui avait appris de nombreuses choses sur les mœurs humaines et lui, il lui avait parlé de son monde, des plaines où chantaient les oiseaux, de ses paysages infinis. Puis ils avaient abordé naturellement la question du traité. Il l’avait profondément marqué, soulignant de nombreux éléments essentiels à la vie quotidienne qui étaient presque passés inaperçus aux yeux des dignitaires. Pourtant, ces points allaient se révéler essentiels dans la vie des peuples libres. Le traité d’unification ne poussait pas assez loin dans ses détails. Elle avait l’influence que lui ne possédait pas parmi les siens, elle constata sa frustration de ne pas avoir voix au chapitre. Il lui fournit des idées sur lesquelles il avait longuement réfléchi, possédant une solide argumentation pour les défendre.

 

Ils avaient évidement abordé, lors des débats, le problème de la citoyenneté, mais les reformes qu’elle pensait suffisantes, n’étaient que de timides et insuffisantes modifications d’une situation injuste. Actuellement, les unions entre deux personnes issues de peuples différents étaient mal vues. Dans la rue, mais également officiellement. Chacun perdait sa citoyenneté et les hybrides conçus étaient relégués à des taches subalternes, sans espoir d’atteindre des postes à responsabilité. Seul le système Zonia acceptait sans réserve les hybrides et les couples interdits, mais c’était un système aux ressources limités. Beaucoup préféraient rester dans leur monde et vivaient donc dans la clandestinité. Le traité allait pallier à cette injustice, mais comme il le lui fit remarquer ce soir-là, il ce n’était pas assez. Elle se mit à noter ses suggestions, ils débattirent tant et tant qu’ils ne virent pas les heures passer. Lorsque les portes du transporteur s’ouvrirent enfin, leurs vies avaient changé sans qu’ils n’en aient conscience.

 

Ils se revirent la semaine suivante, presque par hasard, si ce n’est qu’ils cherchaient chacun des occasions pour croiser l’autre. Il débordait d’idées, de principes et elle avait le pouvoir d’en faire appliquer une partie. Elle était passionnée par sa fonction et les nouvelles réformes qu’elle proposa au traité d’unification furent un combat qu’elle adora mener, pour elle. Ensuite, ce fut pour lui et un soir, pour eux. Ils étaient chacun très différents des gens qu’ils fréquentaient normalement et c’était peut-être ce qui avait fait que des sentiments forts étaient nés rapidement. Et comme les couples qui n’existaient jusqu’à présent, dans leur vie quotidienne, que sur le papier, ils avaient choisi de se cacher, en attendant des jours meilleurs.

 

Elle aimait le regarder quand il dormait. Les Stefanniens ressemblaient tellement aux Humains et pourtant, ils en étaient si éloignés ! Il y avait quelques différences physiologiques, mais elles étaient négligeables, seuls la culture et le caractère étaient vraiment différents. C’est ce qui expliquait sans doute pourquoi ces deux peuples s’étaient si longtemps opposés violement. Leur couple connaissait quelques tensions, mais rien d’exceptionnel, elle appréciait sa sagesse et il aimait son côté aventureux.  Même s’il avait un caractère très humain, il restait Stefannien et était trop prudent au goût de la jeune femme par moment. Prudent… Pourtant, c’était lui qui avait fait le premier pas, lui qui prenait le plus de risque si leur situation était venue à être découverte. Les Stefanniens étaient très durs sur la gestion des couples mixtes et il risquait à chaque instant d’être renvoyé dans son monde natal. Leurs fonctions réciproques les empêchaient d’être aussi souvent ensemble qu’ils auraient aimé, mais cela touchait bientôt à sa fin.

 

Demain, quand le soleil serait au zénith, tout cela serait finit. Les citoyens seraient libres de voyager, de travailler, d’aimer, sans craindre les conséquences, d’un changement de monde ou de système. Les mondes unifiés connaitraient un développement harmonieux, grâce à une économie d’échange plus saine. La paix s’installerait de manière durable, la belligérance, les conflits de territoire, tout avait été traité, codifié. Cela avait prit des années, mais le rêve était enfin à porté de la main.

 

Il ouvrit les yeux et elle sentit son corps tressaillir de plaisir et de bonheur sous son regard. Il lui faisait toujours cet effet. Il tendit le bras, telle une invitation et elle alla se caler contre lui. Il caressa négligemment sa hanche et elle se détendit. Demain, ils pourraient vivre au grand jour. Demain, ils pourraient unir officieusement leurs vies. Il lui avait demandé la veille de devenir sa femme devant les Dieux, les Hommes et les Stefanniens et elle avait dit oui. Deux signatures et un univers en paix. Deux signatures et une vie de bonheur.

 

Gwenaëlle C., le 21/03/2012

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Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 12:16

Il venait de rentrer chez lui, il secoua ses pieds recouverts de neige. L’hiver new-yorkais serait une fois de plus rude. Il plia le petit sachet en papier qui lui avait servi pour porter ses bouts de pains rassis aux pigeons dans le square au coin de sa rue. Il déposa ensuite son manteau au coin de la cheminé où le feu terminait de mourir. Il avisa les traces d’eau qu’il avait laissé  sur le sol. Il aurait dû d’abord retirer ses chaussures et son manteau avant de ranger son petit sac. Il soupira et alla retirer ses chaussures. Il prit le balai et nettoya le sol, puis remit une buche dans l’âtre.

 

Il regarda par la fenêtre, la neige s’était remise à tomber. De gros flocons s’écrasaient sur la ville. En ce début d’année 1943, l’ambiance était morose, la guerre faisait rage de l’autre côté du globe et sur des mers lointaines. Nikola soupira et s’installa devant son bureau. Il considéra d’un œil triste le tas de dossiers qui contenaient quelques-unes de ses recherches. Il avait eu tant d’idées, il avait eu tellement de projets et malheureusement le monde n’était pas prêt. Tout n’avait pas été vain toutefois. Il avait créé l’unité Tesla, pour mesurer le magnétisme. Son système de localisation par ultrason, baptisé désormais radar, équipait les vaisseaux alliés et faisaient de gros dégâts parmi les U-boat allemands. Si son système de guidage télé-automatique avait pu voir le jour, de nombreuses vies pourraient être sauvées, grâce à des submersibles guidés à distance. Il pensa également à son puissant rayon, son rayon de la mort, qui aurait pu forcer les Etats belligérants à rendre les armes sous peine d’être annihilée. Tellement d’idées, tellement de projets…

 

Bien sur, son travail avait été reconnu et même parfois récompensé, mais c’était une si petite part de ses œuvres ! Sa transmission des ondes par le biais des bobines avait révolutionné le domaine médical, mais il avait eu la vision de choses tellement grandes ! L’énergie universelle gratuite, la communication instantanée malgré la distance… Il était un découvreur, il était un visionnaire. C’était le monde qui n’était pas prêt, le monde qui était trop archaïque pour apprécier son génie, pour lui permettre de s’exprimer pleinement.

 

Une douleur dans la poitrine le fit grimacer. Son cœur lui faisait mal. C’était ironique, son cœur avait été brisé il y avait bien longtemps, par la communauté scientifique. Il balaya de la main ses sombres pensées et décida d’oublier ses grands rêves. Il attrapa son carnet et l’ouvrit sur la dernière page manuscrite. Son nouveau poème n’était pas terminé, il n’arrivait pas à faire en sorte que son texte prenne du volume. Il le trouvait plat, sans le petit plus qui fait que les mots prennent un tout autre sens, une dimension plus grande que ce qu’ils laissaient transparaitre initialement. Il feuilleta les autres, à la recherche de l’inspiration. Certains de ses écrits lui plaisaient vraiment et il se demanda s’il ne devait pas essayer de se faire publier. Peut-être qu’il aurait du succès. Il se mit à rire, le monde n’avait plus besoin d’un vieux fou comme lui.

 

Il réfléchit encore de longues minutes puis ferma le carnet, découragé. Il aurait aimé pourtant terminé, mais le cœur n’y était pas vraiment. Il était malheureux et triste et il ne pouvait pas écrire sur les vertes prairies ou sur les grands sentiments dans cet état d’esprit. Il se leva et mit une nouvelle buche dans la cheminé. Il regarda les flammèches s’envoler dans l’âtre, ce spectacle était si beau, si simple et si éphémère. Comme la vie quelque part. Il posa le pique en métal et tira sa chaise à bascule qu’il installa devant les flammes. Ses pensées dérivaient, rien n’avait changé dans son esprit durant les dernières années. Il voyait les principes de physiques, de mathématique de façon si simple et si clair, comme avant. Tout était facile, il pouvait décortiquer les formules, il comprenait le fonctionnement des atomes, des fréquences. Et il savait en parler, avec des mots que les gens comprenaient. Avait-il raté quelque chose ? Vraiment raté ? Aurait-il dû faire autrement ? Sa gorge se serra et une larme coula sur sa joue. Un vieux monsieur qui pleurs devant un feu, un vieux monsieur qui écrit des poèmes et qui nourrit les pigeons. Voila où sa vie l’avait mené, lui qui avait tellement espéré. Lui qui avait tellement voulu faire. Il cacha ses yeux derrière sa main et se laissa submerger par les sanglots.

 

Nikola Tesla était un inventeur de génie, à qui nous devons, entre autre, le principe du radar, des appareils télécommandés et de l’informatique. Il mourut oublié de tous et triste à New-York le 7 janvier 1943.

 

Gwenaëlle C., le 08/03/12

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Vendredi 2 mars 2012 5 02 /03 /Mars /2012 14:53

Savia le regarda longuement, plongeant ses yeux pâles dans le regard si sombre de l’homme qui lui faisait face. Puis elle rompit le contact, avec une petite moue et laissa ses yeux dériver vers la table être eux. Le plateau en bois était presque entièrement recouvert d’assiettes, de paniers, de verres, de coupes et autres pièces issus d’un immense vaisselier. La nourriture abondait, festival de couleur, de textures et aussi d’odeurs tellement différentes qu’il était compliqué de mettre un  nom sur quoi que ce soit. Elle soupira. Même si elle l’avait voulu, elle était incapable de nommer ce qu’elle avait devant elle. Elle fronça les sourcils, alors que son cerveau tentait désespérément d’associer des mots à ce qu’elle voyait.

- Prends ton temps…

La voix douce de l’homme la fit sursauter. Il lui sourit et hocha la tête, comme pour l’encourager. Elle sentit ses épaules s’affaisser, elle était tellement découragée. Et lui, si confiant… Elle secoua la tête, désespérée, sans n’avoir encore une fois soufflé un mot.

 

Il tendit la main et en ayant l’air le plus naturel du monde, il commenta les différents plats devant elle.

- Là tu as les légumes : carottes, haricots, gratin de courge… J’ai mis les tomates, même si ce sont des fruits. Les fruits sont là, tu as des pêches, des raisins, des fraises… Là ce sont les viandes… Et ici les fromages.

Légume, fruit et viande… Oui, jusque là, cela lui semblait pas mal du tout. Elle avait naturellement séparé ces trois catégories d’aliments. C’était une bonne nouvelle, peut-être n’avait elle pas tout perdu. Son cœur se serra en repensant à ce que le sorcier lui avait volé. Plus de sensations, plus aucune saveur de la vie, une grande partie de ses souvenirs. Des mots qui ne correspondaient désormais plus à rien dans son esprit, une mémoire olfactive et gustative complètement vierge. Et plus rien non plus concernant l’homme face à elle, Mirhot, son mari, son bien-aimé. Depuis qu’elle avait été délivrée, il s’était montré exemplaire, acceptant son silence sans la brusquer. Il avait de longs monologues devant elle, lui parlant de leur vie d’avant, lui racontant le monde. Il avait décidé de reprendre les choses à zéro et de faire redécouvrir à la jeune femme les saveurs de base, la nourriture d’abord, puis demain, le jardin des fleurs et son abondance de couleurs et de senteurs, plus tard, le monde. Elle avait de l’affection pour lui, il était gentil, s’occupait bien d’elle. Elle avait conscience des efforts qu’il fournissait, mais pour le moment, elle n’avait qu’un néant dans son esprit. Quel cruel sortilège de lui avoir prit une partie de son âme, de lui avoir retiré tout ce qui donnait goût au monde, mais en lui ayant laissé tout le reste, la conscience de soi, les reflexes du quotidien, les mots sans valeur désormais. Mirhot était persuadé que ce ne serait que temporaire et qu’elle retrouverait tôt ou tard sa vie.

 

Le temps passait et Savia se décida. Elle attrapa une…

- Fourchette…

Elle hocha simplement la tête pour le remercia et se répéta plusieurs fois le mot tout en regardant l’ustensile. Fourchette, voila, elle se le rappelait, c’était facile. Il avait laissé les fruits entiers et à côté, il les avait coupé ou préparé. C’était plus facile pour elle, pour tout pouvoir associer. Son cœur bondit de gratitude et elle lui adressa un sourire avant de piquer sa fourchette dans une… Fraise, elle se rappela qu’il lui avait nommé un peu plus tôt. Elle l’approcha de son nez et inspira son odeur, les yeux fermés. L’odeur de la fraise, elle inspira encore deux fois, se forçant à mémoriser la senteur si spécifique. C’était doux et sucré, elle sentit la salive jaillir sous sa langue. Son corps se rappelait, cela lui fit plaisir. Elle ouvrit la bouche et croqua. Elle prit son temps pour mâcher, appréciant le gout sucré et légèrement acidulé. Elle fut un peu contrariée par les petits pépins mais le plaisir qu’elle prit à déguster ce fruit lui fit oublier rapidement cette petite contrariété. Mirhot la regardait en souriant et avança vers elle une coupelle.

- De la crème chantilly. Trempe une fraise et tu verras…

Confiante, elle fit ce qu’il lui conseillait, tout en faisant l’effort de mémoriser cette nouvelle association. Elle laissa s’échapper un petit râle de plaisir, un large sourire étirant ses lèvres alors que la crème fouettée semblait décupler les saveurs du fruit rouge. C’était délicieux, elle adorait ça. Elle en reprit une autre, histoire d’être vraiment certaine du plaisir qu’elle prenait à ce moment là.

 

Elle choisit ensuite de gouter un fruit jaune, une rondelle fibreuse. Elles étaient posées à côté d’un fruit un peu ridicule, on aurait dit une sorte d’écorce d’arbre, surmonté d’une touffe d’herbe dure. Il lui précisa que c’était de lananas, puis quand il répéta, elle comprit qu’il s’agissait d’ananas. Il lui conseilla de boire un peu d’eau entre chaque bouché, afin d’avoir le palais le plus fin possible. Elle s’exécuta et reprit sa dégustation. Le jus gicla dans sa bouche alors que ses dents se refermaient sur le carré de fruit qu’elle avait piqué. Elle fit une petite grimace, surprise par ce mélange sucré et acide à la fois. Sa langue la piqua un peu, comme si le jus l’avait rendu râpeuse, mais elle n’en éprouva pas moins du plaisir. L’arrière de sa bouche lui sembla réagir d’avantage que l’avant et sans hésitation, elle piqua un autre morceau.

- C’est bon de manger…

Elle hocha de la tête et continua son exploration gustative. Elle découvrit d’autres saveurs, plus piquantes, plus acides, plus sucrées. Elle se limita pour cette fois aux fruits, délaissant les légumes. Mirhot ne sembla pas lui en tenir rigueur. Il se joignit à elle, quand elle lui lança un regard interrogateur et il se remit à lui raconter leur vie d’avant, tout en précisant ce qu’elle mangeait et en y associant par moment des petites anecdotes. Savia avait l’espoir, un jour, elle se rappellerait et ils reprendraient le cours de leurs vie.

 

Gwenaëlle C., le 02/03/2012

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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 10:38

Célinka éteignit la lampe et sa chambre fut aussitôt plongée dans l’obscurité. Célinka ferma les yeux et fit le vide en elle, mais en vain. L’excitation était trop forte pour que la jeune femme puisse être calme et atteindre la paix intérieure. Demain serait un grand jour pour elle, l’aboutissement d’années de travail, de sacrifices. Demain, elle serait acceptée dans le corps des gardes impériales et peut-être même qu’elle serait choisie pour devenir l’apprentie de la Majectrix.


Elle se rappelait comme si c’était hier la première fois qu’elle avait vu défiler le Corps Céleste. Elle avait huit ans et son père était allé dans la capitale pour ses affaires. Il avait accepté de l’amener avec lui, elle allait enfin voir la grande ville. Elle avait sagement suivit son père durant ses rendez-vous, restant dans son coin, attendant avec impatience le moment où ils auraient l’occasion de visiter la capitale. C’était arrivé le matin du troisième jour, ils avaient une matinée entièrement libre et son père l’avait amené dans les jardins royaux. Elle avait vu de nombreuses choses extraordinaires, mais à ses yeux, rien n’était comparable à ce qu’elle avait découvert lors de la parade.


Ils étaient installés au bord de l’année centrale, il y avait des centaines de gens tout autour d’eux. On chantait, on dansait, la joie et la bonne humeur étaient palpables. La ville sentait bon le printemps, Célinka dévorait des yeux tout ce qui se passait, gagnée pas l’excitation ambiante. Puis le défilé commença et quand les cavalières arrivèrent au niveau de la petite fille, quelque chose en elle changea irrémédiablement. La garde impériale, vêtue de leurs armures argentées avançaient lentement, précédée par la Majectrix Laura. Leurs chevaux étaient magnifiques, c’étaient des pur-sang que la fillette trouva gigantesques. Les femmes de la garde, les Rajetix, étaient vêtues chacune d’une armure portant leurs armes et leurs faits d’honneurs. Elles avançaient têtes nues, portant leurs heaumes sous le bras gauche, guidant leurs montures de leur main libre. Les heaumes représentaient chacun un animal différent, en fonction de la personnalité de leur propriétaire. Leur point commun était la queue de cheval qui tombait de leurs casques, de la même couleur que le crin de leurs chevaux. Célinka se demanda s’il provenait de leur monture.


Celle qu’elle admira le plus était la Majectrix. Comme ses compagnes, elle portait une épée au côté, c’était une pièce magnifique, à la garde travaillée. Comme ses compagnes, son armure était en argent. De là où se trouvait la fillette, on pouvait distinguer un lion gigantesque, dressé sur ses pattes arrières, qui attaquait un chevalier en armure. Célinka l’ignorait à ce moment là, mais il s’agissait de la grande bataille des terres sombres, et le lion était Rmachata le sanguinaire, qui avait semé la désolation sur les terres du sud jusqu’à ce que la garde impériale intervienne et que la Majectrix Laura le terrasse. Ce qui différenciait l’armure de la chef des Rajetix étaient les pierres précieuses qui l’ornaient. Sous les rayons du soleil, on avait l’impression qu’un arc en ciel allait sortir du torse de la fière et belle jeune femme.


Alors que la parade était terminée et que son père tirait vainement sur son bras, quelque chose changea dans le cœur et l’âme de la petite fille. Elle avait déjà pensé à ce qu’elle ferait quand elle serait grande, elle voulait être princesse, comme de nombreuses petites filles. Mais là, telle une évidence, elle savait ce qu’elle voulait faire, ce qu’elle devait être. Elle serait Rajetix, peut-être même Majectrix si elle avait de la chance.


Une fois rentrée dans son village, elle s’était plongée dans les livres et avait dévoré l’histoire de la garde impériale. Même si elle ne comprenait pas tout ce qu’elle lisait, elle savait qu’elle avait trouvé sa voie. L’accès au concours d’entrée à la formation des Rajetix ne se faisait qu’à partir de dix ans, elle avait donc un peu moins de deux ans devant elle pour s’entrainer, se préparer. Ses parents avaient d’abord pensé à une lubie d’enfant, la fillette était encore sous le charme de ce majestueux défilé. Mais au fil des mois, ils avaient dû se rendre à l’évidence, malgré les difficultés de l’entrainement qu’elle s’imposait, jamais sa volonté ne fléchissait.


Elle avait été sélectionnée et elle avait cru que son cœur allait exploser le jour où elle avait intégré le corps de formation. C’était il y a six ans. Jamais depuis, sa volonté, son engagement n’avaient faibli. Elle s’était imposée encore plus de discipline, plus de travail que toutes les autres, afin d’atteindre l’excellence. Un jour, elle atteindrait son rêve et ce jour ce serait demain. Elle soupira et se détendit un peu. Elle devait être en forme pour la cérémonie. Ce n’était pas la fin de sa formation, ce serait le début de sa vie. De sa vraie vie…

 

Gwenaëlle C., le 14/02/2012

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