T comme Tesla

Publié le par Gwenaëlle

Il venait de rentrer chez lui, il secoua ses pieds recouverts de neige. L’hiver new-yorkais serait une fois de plus rude. Il plia le petit sachet en papier qui lui avait servi pour porter ses bouts de pains rassis aux pigeons dans le square au coin de sa rue. Il déposa ensuite son manteau au coin de la cheminé où le feu terminait de mourir. Il avisa les traces d’eau qu’il avait laissé  sur le sol. Il aurait dû d’abord retirer ses chaussures et son manteau avant de ranger son petit sac. Il soupira et alla retirer ses chaussures. Il prit le balai et nettoya le sol, puis remit une buche dans l’âtre.

 

Il regarda par la fenêtre, la neige s’était remise à tomber. De gros flocons s’écrasaient sur la ville. En ce début d’année 1943, l’ambiance était morose, la guerre faisait rage de l’autre côté du globe et sur des mers lointaines. Nikola soupira et s’installa devant son bureau. Il considéra d’un œil triste le tas de dossiers qui contenaient quelques-unes de ses recherches. Il avait eu tant d’idées, il avait eu tellement de projets et malheureusement le monde n’était pas prêt. Tout n’avait pas été vain toutefois. Il avait créé l’unité Tesla, pour mesurer le magnétisme. Son système de localisation par ultrason, baptisé désormais radar, équipait les vaisseaux alliés et faisaient de gros dégâts parmi les U-boat allemands. Si son système de guidage télé-automatique avait pu voir le jour, de nombreuses vies pourraient être sauvées, grâce à des submersibles guidés à distance. Il pensa également à son puissant rayon, son rayon de la mort, qui aurait pu forcer les Etats belligérants à rendre les armes sous peine d’être annihilée. Tellement d’idées, tellement de projets…

 

Bien sur, son travail avait été reconnu et même parfois récompensé, mais c’était une si petite part de ses œuvres ! Sa transmission des ondes par le biais des bobines avait révolutionné le domaine médical, mais il avait eu la vision de choses tellement grandes ! L’énergie universelle gratuite, la communication instantanée malgré la distance… Il était un découvreur, il était un visionnaire. C’était le monde qui n’était pas prêt, le monde qui était trop archaïque pour apprécier son génie, pour lui permettre de s’exprimer pleinement.

 

Une douleur dans la poitrine le fit grimacer. Son cœur lui faisait mal. C’était ironique, son cœur avait été brisé il y avait bien longtemps, par la communauté scientifique. Il balaya de la main ses sombres pensées et décida d’oublier ses grands rêves. Il attrapa son carnet et l’ouvrit sur la dernière page manuscrite. Son nouveau poème n’était pas terminé, il n’arrivait pas à faire en sorte que son texte prenne du volume. Il le trouvait plat, sans le petit plus qui fait que les mots prennent un tout autre sens, une dimension plus grande que ce qu’ils laissaient transparaitre initialement. Il feuilleta les autres, à la recherche de l’inspiration. Certains de ses écrits lui plaisaient vraiment et il se demanda s’il ne devait pas essayer de se faire publier. Peut-être qu’il aurait du succès. Il se mit à rire, le monde n’avait plus besoin d’un vieux fou comme lui.

 

Il réfléchit encore de longues minutes puis ferma le carnet, découragé. Il aurait aimé pourtant terminé, mais le cœur n’y était pas vraiment. Il était malheureux et triste et il ne pouvait pas écrire sur les vertes prairies ou sur les grands sentiments dans cet état d’esprit. Il se leva et mit une nouvelle buche dans la cheminé. Il regarda les flammèches s’envoler dans l’âtre, ce spectacle était si beau, si simple et si éphémère. Comme la vie quelque part. Il posa le pique en métal et tira sa chaise à bascule qu’il installa devant les flammes. Ses pensées dérivaient, rien n’avait changé dans son esprit durant les dernières années. Il voyait les principes de physiques, de mathématique de façon si simple et si clair, comme avant. Tout était facile, il pouvait décortiquer les formules, il comprenait le fonctionnement des atomes, des fréquences. Et il savait en parler, avec des mots que les gens comprenaient. Avait-il raté quelque chose ? Vraiment raté ? Aurait-il dû faire autrement ? Sa gorge se serra et une larme coula sur sa joue. Un vieux monsieur qui pleurs devant un feu, un vieux monsieur qui écrit des poèmes et qui nourrit les pigeons. Voila où sa vie l’avait mené, lui qui avait tellement espéré. Lui qui avait tellement voulu faire. Il cacha ses yeux derrière sa main et se laissa submerger par les sanglots.

 

Nikola Tesla était un inventeur de génie, à qui nous devons, entre autre, le principe du radar, des appareils télécommandés et de l’informatique. Il mourut oublié de tous et triste à New-York le 7 janvier 1943.

 

Gwenaëlle C., le 08/03/12

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J
Bravo, je suis en plus impressionné par la rapidité. Je ne pensais pas à ce résultat en donnant ce mot
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G
<br /> <br /> Alors on dirait que j'ai relevé le défi et gagné le pari ! Contente que ma proposition te convienne !!<br /> <br /> <br /> <br />