Partager l'article ! P comme Poubelle: Elle était là, elle attendait, patiente, affamée, impatiente … Au fond de cette ruelle sombre, que tous semblaient avoir o ...
Elle était là, elle attendait, patiente, affamée, impatiente … Au fond de cette ruelle sombre, que tous semblaient avoir oublié, elle était là, guettant, son attention portée sur l’homme qui
arrivait doucement vers elle, en titubant. Elle dû se retenir de trembler, tant son excitation était grande. L’homme était encore trop loin, une dizaine de mètres, elle devait le laisser
s’approcher encore un peu. Quelques pas et elle pourrait se repaitre de sa chair. Elle pourrait l’attraper, l’avaler, briser ses os en milliers de petits morceaux puis le digérer lentement, très
lentement. Cela lui donnera assez de force pour la suite. La suite, elle ignorait ce que c’était, elle n’avait ni conscience de sa naissance, de son passé, ni même de sa destiné. Juste l’instinct
de tuer, afin d’évoluer et de pouvoir sortir de sa prison.
Cela avait commencé il y avait à peine quelques semaines. La conscience d’être, d’exister et la faim, surtout la faim. Un rat avait été son premier repas et elle avait connu le plaisir alors que
ses entrailles maléfiques digéraient son festin. Puis il y eu l’inconscience. Elle ne savait pas vraiment combien de temps exactement, mais il faisait nuit, puis quand elle était revenue à la
conscience, la nuit était noire. Elle ne se posait pas de question, d’autant que la faim la tiraillait à nouveau. Elle jeta son dévolu sur des proies plus conséquentes, les chats. Il y en avait
beaucoup dans cette ruelle à l’écart de l’agitation du monde extérieur. Toutefois, ce ne fut pas facile de les attraper. Le rat était pour ainsi dire entre ses mains, mais les chats étaient
malins. Sa faim grandissant encore et encore, la torturant sans répits, si ce n’est ces moments où elle semblait disparaître, l’obligea à être plus maline, plus prudente. Elle resta sans bouger,
inoffensive, sans intérêt et les laissa s’approcher. Certaines fois, son odeur semblait les attirer, d’autres non, mais ils revenaient toujours. Elle avait compris que les rats attiraient les
chats, ainsi que les choses qui bougeaient un petit peu. Elle apprit la patience et lorsque le premier félin qu’elle pu attraper eut finit de la nourrir, elle comprit qu’il lui en fallait plus,
parce qu’il y avait autre chose. Se nourrir rendait son esprit plus clair et elle devenait plus maline.
D’autres chats finirent au fond de son estomac, les périodes d’absences alternants les périodes de plaisir extrême lorsqu’elle arrivait à se nourrir. Toutefois, la population féline
exceptionnellement importante dans cette partie de la ville finit pas s’amoindrir. Elle croqua quelques chiens errants, mais ce n’était pas assez pour la nourrir. Elle ne le su jamais, mais des
rumeurs couraient désormais dans la ville. Les disparitions d’animaux, les plaintes, commençaient à s’entasser dans les bureaux de police. On raconta qu’un laboratoire clandestin avait fait une
rafle, et qu’il les utilisait pour effectuer des tests. On raconta également l’histoire de sacrifice rituel, de magie noire, d’hommes et de femmes qui éventraient les animaux pour lire l’avenir
et obtenir de grands pouvoirs. Des centaines d’animaux disparus selon ce qui se disait, même si finalement, elle n’en avait englouti qu’une dizaine. Mais les « on-dit » aiment la démesure, pas
les comptes précis.
Elle le sentit s’approcher, sa démarche était incertaine, il avait abusé de l’alcool et il n’avait aucune conscience de ce qui l’attendait à quelques mètres de là. Il cherchait un coin pour
uriner, trop ivre pour rentrer directement chez lui, incapable de trouver le chemin direct vers sa maison. Il avait vu la ruelle et un vestige de pudeur l’avait poussé à aller se dissimuler,
plutôt que de se soulager sur une des vitrines des magasins de la rue principale. C’est ce qui causera sa perte… Plus que quelques pas et il serait à elle. Elle resta complètement immobile. Elle
aurait pu retenir son souffle si elle en avait eu un tellement elle était concentrée. Plus que deux mètres… Il s’arrêta au pas suivant, essayant maladroitement de déboutonner son pantalon.
Celui-ci lui tomba sur ses chevilles et il se pencha pour le ramasser. C’est à ce moment là qu’elle décida d’agir. En un instant, ses roues bougèrent et la projetèrent en avant. Son couvercle se
releva et quand son corps de plastique se plia, elle avait l’angle idéal pour engloutir sa proie. L’homme poussa un cri alors que, dans son délire, il cru voir des dents surgir d’une vulgaire
poubelle en plastique. Lorsque la partie supérieure de ce qui était sa bouche se referma sur le corps de sa victime, elle entendit quelques os se briser. Le cri de l’homme se fit plus fort, mais
elle en avait cure. Elle mangeait, elle aurait bientôt assez de force pour évoluer et sortir de cette ruelle. Le monde… Un monde entier à dévorer, à annihiler. Un monde entier qui tremblerait
devant la poubelle dévoreuse de chair…
Gwenaëlle C., le 20/01/2012
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||